Jeudi 29 avril 2010 à 11h00, à notre demande, notre délégation est reçue par le Préfet de Haute Corse

 

Association U Levante : Jean ARRIGHI

Association Le GARDE : Moune POLI

Association A Sentinella : Paul BENIELLI

Association U POLPU : Chiara MOLINELLI

Association Mieux Vivre la MARANA : Dr Pierre LIEUTAUD

Collectif des Riverains de Lucciana : Michel ANGELI

Collectif centrale au Gaz : Dr Edmond SIMEONI

Collectif Aria Linda : Jean Nicolas ANTONIOTTI

Parti I VERDI CORSI : Jean GRAZIANI

François ALFONSI  Député Européen

Fabienne GIOVANNINI  Conseillère Territoriale

François Xavier MARCHIONI Maire de Vescovato

 

 

 

Le Préfet de Haute Corse nous accueille.....il est chez lui!

 

Nous lui faisons un résumé des points spécifiques évoqués la veille avec son collègue de Corse du Sud, notamment :

    Si le GALSI n’était pas réalisé, quelle serait la situation de Lucciana ?

    A quel moment une procédure de présentation du site de Lucciana identique à celle conduite par son collègue de Corse du Sud pour le site de Bastelicaccia a-t-elle eu lieu ? Selon nous cette procédure résulte de l’article 8 de la délibération 05/225.

      A qui appartient la décision finale du choix du site ? Soulignant que le Préfet du Sud nous a indiqué la responsabilité d’EDF. (NDLR : Au sortir de la réunion avec les élus à Ajaccio, le directeur régional d’EDF indiquait une responsabilité de l’Etat !

     Comment croire au scénario tel que proposé par la commission d’enquête pour le démarrage de Lucciana alors que EDF a une commande de moteur 48/60 qui ne sont prévus selon MAN que pour un fonctionnement au fioul lourd en régime stabilisé?

 

 

Le Préfet nous indique que la commission rédigé a rendu un rapport de 231 pages et rendu un avis favorable assorti de quelques recommandations et de réserves à lever pour en vue de l’obtention d’un avis positif.

 

La DREAL attendrait des réponses à EDF, et le dossier corrigé devrait nous être proposé lors d’une prochaine réunion, avant sa présentation au CODERST au cours du mois de juin.

 

Le Préfet indique que la commune de Lucciana n’a pas manifesté d’opposition au projet de centrale sur sa commune, ce qui expliquerait la différence de procédure par rapport à Ajaccio.

 

Nous lui indiquons que cette analyse ressemble à celle, assez ahurissante, du DRIRE, qui en l’absence de plainte de la population de Lucciana n’avait pas estimé nécessaire d’équiper la centrale de Lucciana des mêmes dispositifs de dépollution que le Vazzio en 2005. Alors que, comme le confirme le rapport d’enquête publique, si la pollution semble bien dispersée à Lucciana, elle l’est alternativement vers les communes de Vescovato et de Borgo.

 

Le Maire de Vescovato confirme que l’existence d’un vent nommé Raghju qui transporte les émissions de la centrale de Lucciana sur le territoire de sa commune est notoire. Il indique qu’EDF a déposé son capteur qui était installé sur la commune de Monte depuis plusieurs années et qu’il n’a jamais été remplacé.

 

Le Préfet indique que les dispositions contractuelles prises par EDF ne sont pas son problème. Nous lui indiquons, comme à son collègue la veille, que ce sera le notre lorsqu’il sera parti. Nous lui indiquons les dispositions contractuelles sont de nature à rendre irréalisable le passage au fioul léger en régime stabilisé.

 

Le Député François ALFONSI évoque des choix économiques contestables, alors que les prix du gaz baissent du fait de l’opportunité offerte par les gaz de schiste, que d’autres zones similaires (Canaries) ont fait des choix comprenant des terminaux gaziers adaptés. Il signale que la commission d’enquête a remis en cause les rapports de prix de production fioul lourd/fioul léger avancés par EDF, et constate l’absurdité de vouloir n’économiser que 6 M€ au titre des combustibles si par la suite on en devait en dépenser 30 M€ dans une conversion.

 

Nous soulignons que le rapport indique que le « coût de conversion est de nature à réduire la motivation pour le gaz » et que la population fait un pas obligé en acceptant de discuter sur du fioul léger alors que ce combustible reste très polluant.

 

Le Préfet indique qu’il n’a pas à défendre une position qu’il n’a pas prise, et confirme que les 2 centrales seront au gaz. Il rappelle le risque lié aux délais supplémentaires que la relance d’une procédure ferait courir en termes de rupture énergétique.

 

ll indique que l’arrêt de la centrale est borné au 31.12.2010. Nous lui rappelons que cette butée peut-être dépassée si la centrale est équipée des mêmes dispositifs de dépollution que le Vazzio.

 

Le Préfet considère que la modification du volume de stockage de fioul lourd ne remet pas en cause la procédure. Nous lui indiquons une jurisprudence sur un ouvrage d’art dans un cas similaire. Le Préfet compare la démarche suivie par EDF/PEI à Lucciana à celle d’un particulier qui aurait déposé une demande de permis de construire non conforme, et que ses services ne seraient donc pas dans l’obligation d’accorder.

 

Le Maire de Vescovato évoque les contradictions importantes relevées lors de la lecture du rapport de la commission d’enquête, ainsi que l’attitude du directeur d’EDF et ses non réponses sur les questions sanitaires lors du dernier Conseil énergétique.

 

Il indique que les habitants de sa commune, limitrophe de celle de Lucciana ont été étonnés de constater que d’importants travaux de terrassement avaient été entrepris sur le site de la future centrale alors qu’aucune autorisation ne semblait avoir été délivrée.

 

Le Maire de Vescovato indique, que de par sa responsabilité, ainsi que le Préfet, il est tenu d’assurer la protection des habitants de sa commune, et de son devoir de précaution. Il réaffirme la nécessité de mieux contrôler la dispersion et à minima, dans les zones situées dans le périmètre de l’étude.

 

Le Dr Edmond SIMEONI fait référence à la bonne connaissance des problématiques de l’île dont dispose le Préfet pour y avoir déjà occupé des postes dans l’administration préfectorale, et lui rappelle que la contestation des centrales thermiques au fioul lourd imposées par EDF, de la base de l’Argentella, des pollutions des boues rouges durent depuis 50 ans. Il déplore l’absence d’étude épidémiologique et de registre des cancers. Il fait part de la détermination de la population à ne pas accepter de continuer à subir

 

 Le Préfet constate que les interlocuteurs qui sont autour de la table sont de bonne foi. Il revient sur l’urgence à remplacer la centrale et que l’utilisation du fioul léger obligerait à modifier les périmètres de sécurité. Nous avons, sans oser l’interrompre tant sa conviction semblait forte, entendu le Préfet , fort de son expérience, affirmer et réaffirmer que le phénomène de boilover était propre au fioul léger, alors qu’à notre connaissance, le risque explosif (classé désastreux dans le cas de Lucciana) est lié à la forte viscosité du combustible fioul lourd. Les représentants des services techniques de la DREAL et de la DRIRE ne relèvent pas davantage.

 

 

 Le Député François ALFONSI lui indique l’argument « on n’a pas le temps » ne tient pas.  Il indique que l’installation de la dernière TAC à Lucciana n’a pas pris autant de temps et que dans les cas d’urgence s’appliquent des procédures d’urgence. (réparation des digues lors des inondations en Charente par exemple)

 

Le Maire de Vescovato revient sur  « gaz ou rien j » et demande quelle serait la suite de la procédure.

 

Le Préfet confirme, comme son collègue du Sud que la redéfinition d’une politique énergétique par l’Assemblée de Corse serait nécessaire.

 

Nous constatons que si personne ne s’interroge « sur rien » EDF passera outre et imposera le fioul lourd. Nous nous demandons si le caractère prématuré de la commande d’EDF à MAN n’est pas l’élément déterminant de la proposition « 4 /7 démarrant au fioul lourd » formulée de la commission d’enquête.

 

Le Préfet répète qu’il n’est pas tenu par les choix d’EDF.

 

Le Docteur Pierre LIEUTAUD estime que les décisions d’EDF concernent le Préfet et que les risques sanitaires auraient été sous estimés puisque 2000 enfants seraient scolarisés dans le périmètre, qu’une école est située à 150 m alors que le risque boilover s’applique dans un rayon de 730 m autour du stockage.

 

Moune POLI signale la nécessité de mesurer l’impact socio-économique des installations polluantes, et indique l’incontestable différence soulignée par le rapport de la commission d’enquête entre la toxicité des émissions du fioul lourd et celles du fioul léger. Elle remarque que les garanties à long terme ont été sacrifiées au profit de choix de court terme.

 

 

 

 

Le Préfet répond qu’il n’est pas convaincu de la réalité de la différence.

 

 


 

Le Député François ALFONSI essaye de synthétiser : la rupture énergétique pourrait être évitée par l’apport d’une TAC, et des assurances formelles doivent être apportées à la population pour confirmer la détermination de l’Etat, notamment par la confirmation écrite de la réservation de 5% des volumes de gaz nécessaires au fonctionnement des deux centrales et qui seront acheminés par le GALSI.

 

Jean ARRIGHI rappelle que le meilleur moyen d’éviter la rupture énergétique est de travailler sur la MDE, et de mettre en œuvre des moyens de production autres que les thermiques fossiles, avec notamment une augmentation de la part ENR, hydraulique, STEP, solaire, biomasse, éolien.

 

Fin de la réunion vers 13h, le Préfet nous invite à nous revoir autour du rapport de la DREAL avant la CODERST dans la première quinzaine de juillet.