« le ministère de l’industrie a entendu les craintes de l’opinion publique et a décidé de surseoir à l’implantation le temps d’effectuer des analyses environnementales, épidémiologiques et sanitaires »  Le préfet a bien annoncé, le 4 janvier 2008, la mise en place de commissions auxquelles nous lui avons demandé de participer, mais à ce jour nous n’avons aucune information relative à une quelconque analyse en cours.
 
Parlant notamment de la construction du barrage du RIZZANESE, du remplacement des  centrales de LUCCIANA, et du VAZZIO, M BUSIN commente : «si chacune de ces étapes se concrétise, on obtient un système électrique correctement dimensionné répondant aux besoins de la population insulaire ». Dans la bouche du plus haut représentant d’EDF dans l’île, cette phrase au conditionnel est assez révélatrice puisqu’ EDF a l’entière maîtrise de ces réalisations dont les deux premières sont déjà très en retard.
 
Dans un autre article, le jeune directeur tirait tout le profit de la mobilisation anti VAZZIO Bis venue à point nommé jouer le rôle de l’arbre qui cache la forêt, et il désignait les boucs émissaires d’une inévitable rupture énergétique qui permettrait en fait l’application des articles 11 et 12 de la délibération 05/225. Autrement dit, le recours au câble.
 
Non, M BUSIN, le retard au remplacement de la centrale de LUCCIANA n’est imputable ni au préfet, ni à une association. Et ce retard s’ajoutant à celui du RIZZANESE suffira à déséquilibrer le système électrique si la demande continue à s'accroitre.
 
L’autosatisfaction affichée sur le bon dimensionnement et l’adéquation des moyens de production est-elle fondée ?
 
Pas vraiment, en réalité les centrales de Corse ont été surdimensionnées (malgré les préconisations de limitation dans le rapport LETEURTROIS de 2005) pour répondre notamment aux besoins croissants du 3 eme bassin de vie de la Corse, à savoir Porto-Vecchio et son agglomération proche. Le dimensionnement ne répond donc pas uniquement aux seuls besoins de la population insulaire, et le surcroit de puissance servira davantage à alimenter les besoins estivaux de climatisation. C'est ce que M BUSIN appelle "répondre exactement aux exigences d'une ile touristique comme la Corse et les Canaries " (Sauf que dans les Canaries, ENDESA, équivalent d'EDF en Espagne, installe des TGCC pour répondre aux mêmes besoins.)
 
En effet, les hivers doux et les étés très chauds, que le réchauffement climatique occasionne, génèrent des pointes de consommation estivales au moins égales aux hivernales. Et cette tendance ne peut qu’aller crescendo, puisque le maire de la seule cité du sel envisage de délivrer 300 permis de construire par an.
 
Première entorse aux dogmes d’EDF qui imposeraient de produire au plus près des zones de consommation, pour diminuer les pertes en ligne, et les surconsommations qui en résultent. D’autre part ce surdimensionnement génère un surcroit de pollution pour les populations sédentaires des bassins de vie Ajacciens et Bastiais, dans les périodes les plus chaudes, alors que la pollution est emprisonnée par les masses d’air chaud. Pour le plus grand plaisir de touristes qui respirent le bon air de Palombaghja, ou de la Revelatta.
  
 
Ensuite, M BUSIN allègue que de tous temps la centrale du VAZZIO a été parfaitement réglementaire avec toutes les exigences imposées, notamment environnementales. Cette présentation est fallacieuse. EDF, a en fait, bénéficié en Corse d’une dérogation qui lui a permis de s’affranchir des niveaux d’émissions en vigueur dans le reste de l’hexagone jusqu'au 28 juillet 2005, date à laquelle l’arrêté préfectoral 05-1079 y a mis fin, grâce à l’action des associations. 
 
Puis le jeune directeur capte notre attention en nous vantant la mise en place de filtres et la réduction supposée des émissions d’azote, mais il est moins nettement prolixe au sujet des émissions de particules fines PM 2,5, et autres Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques, HAP,  qu’aucun dispositif connu ne sait contenir. C’est là, précisément, que la notion de moteur propre au fuel formée par la réunion des articles 3 et 4 de la délibération 05/225 se révèle gravement trompeuse.
 
Le chimérique moteur propre apparaît dans l’excellent rapport de l’ingénieur LETEURTROIS, actuel M GALSI, qui situe très nettement les responsabilités de la rupture énergétique de 2005. EDiFiant pour ceux qui auraient dû prendre le temps de le lire, avant de voter.
 
 
 
 
Ensuite le jeune directeur continue de donner dans les postulats éculés: « si le prix du KWh de gaz naturel est supérieur aux 15 centimes du KWh de fuel, l’état devra faire un geste ».
 
A le croire, EDF qui est en train de remplacer la vieille centrale au fuel de Martigues (13) par des TGCC, turbines à gaz à cycle combiné, et en installe également à Blénod-Lès-Pont-À-Mousson (54) solliciterait aussi un geste de l’état?
 
 
Pas le moins du monde, car le prix du KWh produit au gaz dont parle M BUSIN doit être celui d’une TAC, turbine à gaz classique au rendement optimum de 35% alors que les TGCC ont un rendement proche de 60%, et EDF l’a bien remarqué puisqu’elle investit dans cette technologie dans l’hexagone. Sauf en Corse.
 
Consommant moins, les TGCC génèrent moins de pollution en volume et beaucoup moins de polluants puisque la combustion du gaz n’émet que très peu de particules fines PM 2,5 contrairement à celle du fuel. Pour finir, les cours de brut subissent actuellement une envolée bien plus importante que ceux du gaz dont le tarissement, compte tenu de la ressource mondiale, interviendrait au moins 50 ans plus tard.
 
Dans l’hexagone, les moyens thermiques au fuel d’EDF encore en fonction ne sont utilisés qu’en pointe et extrême pointe, ce qui veut dire qu’on les réserve pour les pics de consommation et que leur activité est ponctuelle, donc, leur consommation réduite. 
 
Paradoxalement, en Corse, les centrales au fuel sont utilisées en base, c'est-à-dire qu’elles tournent et donc polluent 24h/24h.  Sauf dans les périodes où il faut éviter de trop affoler les capteurs de pollution, lorsqu'ils sont bien placés et qu'ils fonctionnent. A ce sujet, le jeune directeur ne parle pas de l’étude complémentaire de dispersion des polluants demandée par le préfet en 2005, toujours en attente de validation par la DRIRE en 2008. Baccalà per Corsica ! 
  
Du coup, ce sont les barrages qui assurent la pointe en Corse. Deuxième entorse.
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Mais M BUSIN essaye par son discours de nous maintenir sur son terrain de prédilection, alors qu’il existe des solutions alternatives qui permettraient à la Corse de s’affranchir de l’équivalent d’un VAZZIO Bis de 120 MW.  Ainsi la technique des STEP de l’ingénieur Joseph PAOLI permettrait, sous réserve de disposer d’une retenue basse, de stocker la contenance d’une journée de production hydroélectrique en aval du barrage après turbinage, et de la remonter en amont aux heures creuses. Chaque barrage garderait en outre la quasi-totalité de sa capacité pour les besoins hydrauliques estivaux.
 
D’autres solutions faisant davantage appel aux ENR dont la Corse dispose en abondance sont aussi disponibles, mais leur utilisation accrue provoquerait une baisse de perception de  la très lucrative TIPP. L’état du réseau de distribution confine d’ailleurs la part ENR à 100 MW, bien en deçà d’un tiers souhaitable pour un trépied équilibré.
 
De plus, ainsi que le souligne le rapport LETEURTOIS de 2005, EDF n’est pas motivée pour investir en Corse du fait de conditions de rémunération des capitaux, jugées trop faibles. SEI le serait-elle davantage?
 
Il le faudra, car il est évidemment  plus rentable d’investir sur les équipements, que de plomber les finances de la collectivité avec des charges de fonctionnement, en prévision de l’inévitable suppression de la CSPE, la charge du service public de l’électricité, puisque la notion de service public à la française est dans le collimateur de l’UE, et qu’avec elle disparaîtra très probablement la péréquation tarifaire.
 
Ce qui est en balance ? Les intérêts de la Corse, la santé de sa population et la préservation de son environnement, en butte à des intérêts financiers, nichés ailleurs.
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