Sauf à vouloir diriger sa communication vers la seule population Corse pour agiter le spectre de la coupure et l’urgence.

 

Le Président de l’Exécutif gagnerait en crédibilité à ne pas calquer sa communication sur celle des syndicalistes pro-fioul. Rappelons-lui quelques faits, plus tenaces que ses mots

 

En novembre 2005, au bout de 9 mois de réflexion l’Assemblée de Corse au travers de la délibération 05/225 adoptait le Plan Energétique Corse, bien que ne disposant d’aucune compétence pour décider de moyens de production supérieurs à 8 MW. L’Assemblée de Corse adossait son vote à une supposée caution populaire, en se portant garante de « l’acceptabilité de ses choix énergétiques par la population. »

 

Ce plan prévoyait notamment la réalisation de 2 centrales thermiques de 120 MW à moteurs propres prévus pour être convertibles et raccordables au gazoduc GALSI, et un fonctionnement des moyens thermiques en base.

 

En contrepied de ce plan, l’évaluation environnementale soumise au Conseil des Sites du 5 mai 2009 contient une nouvelle hypothèse. Celle de la concentration des moyens thermiques en un seul site sur la plaine orientale, et son corollaire, la construction d’une ligne en 225 KV (Très Haute Tension) pour acheminer la part d’électricité destinée à la région Ajaccienne. Ce document, daté de février 2009 est complémentaire à la nouvelle mouture du PADDUC et permet de penser que les engagements de 2005 (2 sites de production) pourraient ne pas être tenus.

 

Un deuxième point capital montre qu’EDF ne respecte pas le vote de 2005. C’est l’utilisation en semi base de l’actuelle centrale du Vazzio, au lieu du fonctionnement prévu en base. Les 2500 phases démarrages et arrêts des moteurs enregistrés pour l’année 2008 le prouvent. Et si l’ADEC,  rencontrée en avril 2009, connaissait ce manquement, son Président ne pouvait l’ignorer.

 

D’autre part, avant d’autoriser l’augmentation de capacité du câble SARCO, l’Exécutif devait s’assurer du bon niveau d’avancement de plusieurs ouvrages destinés à compléter la production électrique. L’autorisation ayant été donné, nous supposons que l’Exécutif a pu disposer d’un constat favorable.

 

Contre toute attente, alors que rien ne l’y obligeait, l’Assemblée de Corse avait même décidé de financer des études au profit de l’opérateur privé sur des crédits du PEI (50% état / 50 % CTC). Cette décision, qui concernait la future centrale de Lucciana, a été depuis remise en cause par le Préfet de Région.

 

Enfin, le directeur d’EDF n’ayant pas respecté son engagement leur communiquer les documents qui le prouvent, les associations n’ont pu vérifier que les moteurs commandés à MAN sont véritablement propres et convertibles au gaz naturel. (Ce qui ne contribue pas à améliorer l’image d’un opérateur qui s’est vu récemment retirer son agreement d’autocontrôle dans le nucléaire par l’Agence de Sûreté Nucléaire.) L’Exécutif a sûrement du obtenir des garanties quant à la conformité des matériels commandés.

 

Cette mansuétude envers l’opérateur contraste avec le rejet en février 2008, d’une motion qui ne visait qu’à bannir définitivement l’usage du fioul lourd et à obtenir le démarrage des futures centrales au gaz naturel. Les deux Présidents de la Collectivité de Corse s’étaient employés à la combattre, aux côtés d’élus communistes, pour défendre l’institution et ……. la sacralité du vote de 2005 !

 

Rappelons nous aussi, qu'en 2005, L'Assemblée de Corse avait confié la responsabilité de faire aboutir le raccordement de la Corse au gazoduc GALSI au Président de l'Exécutif.

 

La population, qui appréciera la rigueur des ces arbitrages, est cependant beaucoup plus soucieuse de l’impact sanitaire et environnemental des centrales au fioul lourd.

 

Et le responsable des questions sanitaires pour la Région Corse, n’est autre que le Préfet. A ce titre, nous ne manquons jamais de lui donner notre lecture des documents qu’EDF met à la disposition des services de l’Etat, dont la DRIRE. 

 

Dès le départ son message a été clair : à Paris, on ne serait pas sensible à l’argumentation sanitaire, il fallait donc essayer de convaincre avec des arguments économiques pour obtenir le raccordement au gazoduc.

 

L’intérêt économique ayant été démontré, on nous laisse entendre depuis le mois de février, que le gouvernement serait acculé à des arbitrages du type « coût du projet / nombre d’habitants », et qu’il faudrait donc que la Collectivité Territoriale de Corse, elle même financièrement exsangue,  contribue financièrement à ce raccordement.

 

A-t-on demandé pareille participation aux autres régions de l’hexagone alors que le Président SARKOSY a décidé de faire construire le deuxième EPR, ou lorsque qu’EDF, dont l’Etat est actionnaire à plus de 80%, a décidé de racheter son homologue British Energy pour la bagatelle de 14,8 milliards d’euros ?

 

Mais les Préfets se suivent et ne se ressemblent pas. Il suffit de se rappeler qu’avant 2005, le fonctionnement de la centrale classée la plus polluante de France était encadré par une kyrielle de textes à l’aspect totalement réglementaire. Ce qui n’a pas empêché le Préfet LEMAS de mettre fin à la dérogation dont bénéficiait jusqu’alors EDF et de lui imposer de ramener une partie de ses émissions à des niveaux comparables à ceux autorisés sur le continent. Une partie seulement, la plus visuelle.

 

Mais le Préfet BOUILLON, et l’Office de l’Environnement font une totale confiance aux constats de Qualit’air Corse. D’ailleurs, pour ceux qui pourraient encore en douter,  la bonne qualité de l’air à Ajaccio et à Bastia, est attestée dans la version remaniée du PADDUC,  l’Exécutif y a veillé.

 

L’émission « les Médicales »  sur le thème du cancer en Corse diffusée sur France 3 était tout aussi lénifiante que le discours officiel local. Pas un mot sur les microparticules cancérigènes émises en Corse par la centrale du Vazzio qui seraient donc sans effets sur les maladies cardiovasculaires et la surmortalité de 7 à 9 % constatée ailleurs dans le périmètre des centrales (et/ou des incinérateurs).

 

N’étant pas visible, comme le sont les émissions chargées de soufres, la pollution aux microparticules inquiète moins la population. Pas vu, pas pris !

 

Quel crédit alors accorder aux mises en garde des instituts AFSSET, INSERM et INVS au sujet du lien entre cancers et microparticules? Et aux alertes prudentes des professionnels locaux de santé ?

 

Nous savons que les nouvelles centrales, qui n’existent nulle part ailleurs, ne pourront pas apporter de réduction des microparticules. Aussi continuons-nous à informer le Préfet de Région pour éclairer la décision qu’il prendra sous peu. En toute connaissance des risques qu’elle comportera pour la population.

 

 

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