Fin de la grand-messe au sein de l’Assemblée de Corse, le Conseil de l’Air de l’Energie et du Climat du 10/10/2017 vient de s’achever. Un agent d’EDF, syndicaliste, vient me rejoindre et m’interroge : « tu as appris quelque chose de nouveau toi ? »

article Alta Frequenza



Il vient en effet de s’écouler près deux heures d’un début de conseil ouaté où chacune des instances membres à son tour n’a pas manqué de faire valoir sa bonne mise en œuvre des dispositions prévues en matière d’énergie. L'audience a même pu bénéficier durant 20’ de son droit à poser quelques questions et à obtenir parfois quelques réponses.

Puis vers 16h, comme elle l’avait annoncé à plusieurs reprises, la Présidente de l’agence de l'énergie demande à l’assistance de ne pas bouger afin qu’elle puisse aller accueillir le PDG d’EDF qui rejoint l'hémicycle en compagnie des présidents de la Collectivité Territoriale de Corse.

On a l’impression qu’un invisible tapis rouge a été déroulé pour accueillir cet hôte prestigieux sur lequel se déverse à la tribune un protocole feutré de mondanités, ponctué de grands passages de pommade et de très inoffensifs coups de griffes. article CNI Puis le monstre sacré prend enfin la parole et son auditoire quasi anesthésié et apparemment conquis lui adresse les seuls applaudissements de l’après midi. 




De nouveau l’assistance a droit à un petit débat et pose quelques questions un peu moins pommadées, notamment les syndicalistes d’EDF, dubitatifs sur l’arrivée du gaz compte tenu des incertitudes sur les taux d’intérêts consentis aux candidats gaziers, et sur le risque de perte d’emploi,  voir de départ d’Engie qui ne s’est pas porté candidat.

JBL, visiblement agacé par la redondance des interventions, répond en substance que EDF a fait tout ce qu’il faut pour être à l’heure en 2023 et que si les choses n’avançaient pas en matière d’alimentation au gaz, il faudrait regarder du côté de l’Etat, présenté comme le maitre des horloges.itw RCFM

Le préfet a semblé apprécier moyennement l’œillade. Pour l’actionnaire à 82 %, la savonnette est probablement désagréable. Mais les préfets n'oublient pas que celui de leurs collègues qui contrarié EDF, dans l’île dans l’intérêt de la Corse, a ensuite connu de longues années de placard.

Et pour répondre aux points précis soulevés par plusieurs intervenants, JBL a pratiqué de superbes dégagements en touche à faire pâlir d’envie les meilleurs rugbymans.  


 

 

En substance le texte de l’intervention du Président d’Aria Linda :

 

Monsieur le Président Directeur Général,

 

Je suis le président d’une association à but non lucratif, agréée pour la protection de l’Environnement, dédiée à la pollution des centrales thermiques, et leur impact sanitaire.

Permettez moi tout d’abord, par un petit historique, puis par l’actualité, de vous montrer, que nous ne menons pas, notamment au plan sanitaire, un combat d’arrière garde

En 2005, suite à la crise énergétique qui plonge la Corse dans le froid et dans le noir, les élus demandent et obtiennent un rapport, rédigé par l’ingénieur des mines Leutertrois. Lequel rapporteur dresse le tableau de la dégradation d’un parc de production vieillissant, diminué, mal entretenu et rapporte à six reprises qu’aucun opérateur, même EDF, n’est motivé pour investir dans l’amélioration de ce parc. En cause, selon lui, la faiblesse du taux de rémunération des capitaux investis alors servi aux opérateurs économiques, seulement  6,5 %.

En mars 2006, le ministre de l’énergie suit le rapporteur et porte le taux de rémunération des investissements de production d’électricité dans les ZNI à 11 %.

Bingo : EDF, ainsi motivée, se remet à investir.

Sous la pression d’associations, EDF qui voulait à nouveau imposer le fioul lourd pour renouveler sa centrale de Lucciana, finit par en reconnaitre dans sa propre étude le plus grand impact sanitaire. La nouvelle centrale démarrera en mars 2014 au fioul léger, mais toujours en version diesel. Les 400 M€ investis sont rémunérés à 11 %

Vient le tour du renouvellement, et même du doublement de la centrale du Vazzio, Le décret n° 2015-1697 (18.12.2015), relatif à la PPE pour la Corse, prévoit la construction, avec un objectif de mise en service au plus tard début 2023, d’un cycle combiné d’une puissance de l’ordre de 250 MW dans la région d’Ajaccio, fonctionnant au fioul domestique dans l’attente de la mise en place de l’approvisionnement en gaz naturel. Encore 400 M€ rémunérés à 11 %

 Alors que les taux d’usure ont été divisés par plus de trois depuis 2006 et qu’ils restent à 1 chiffre, le maintien d’un taux à deux chiffres pour les seuls équipements de production dans les ZNI apparait au moins trois fois plus motivant en termes de produits financiers.

 Ce privilège, qui découle du statut de zone non interconnectée, première concession, ou dérogation, accordée à l’opérateur producteur en Corse, pourrait ne pas nous interpeller, s’il ne  constituait pas le nœud gordien de l’alimentation en gaz naturel de la Corse. A savoir qu’il constitue le principal déterminant de la faisabilité économique du projet.

La chaine gazière serait en effet constituée, selon le cahier des charges établi par EDF d’un ouvrage de stockage : la barge, et d’un ouvrage de transport : le gazoduc.

Le portage financier de tels équipements, qui ne sont donc pas de production, ne pourrait bénéficier que du taux de rémunération de 6,5 %, qui n’était déjà pas motivant pour EDF en 2005. On peut comprendre qu’EDF, alors même qu’elle a été jugée suffisamment qualifiée pour élaborer le cahier des charges des ouvrages gaziers, se soit déclarée non qualifiée pour les réaliser. C’est un peu déroutant de la part d’un groupe qui dispose de 20 % des parts d’un opérateur gazier réputé, et de 65 % des parts d’un terminal gazier GNL à Dunkerque.

Alors 6,5 % ou 11 %, c’est précisément là que le bât blesse pour les *cinq opérateurs qui participeraient à la procédure de dialogue concurrentiel en cours.  

D’autant qu’à ce jour, bien que cette procédure soit en cours pour en préparer l’éventualité, la décision de réaliser la chaine gazière, un ouvrage de stockage et un ouvrage de transport n’est pas acquise. Cela est bien précisé par l’arrêté ministériel d’ailleurs applicable aux seuls ouvrages de production, Nous l’avons déjà fait remarquer dans cette enceinte.

Vous allez penser ou même me dire « Mais en quoi tout ça vous regarde-t-il ? » J’y viens : pour faire simple, si, à l’issue de cette procédure, la décision de réaliser la chaine gazière n’était pas arrêtée, la population de Corse serait à nouveau condamnée à pâtir des émissions cancérigènes de la combustion du fioul pour les 30 à 50 années à venir.

Supposons toutefois que le gaz naturel, finisse par arriver aux portes de la future centrale, mais après sa mise en service de 2023. Donc en retard par rapport à l’objectif souhaité dans cette enceinte par Madame Ségolène ROYAL.

Dans cette éventualité, EDF a-t-elle déjà, pour Ajaccio, comme pour Lucciana, intégré dans l’économie de ses projets les surcouts de raccordement des centrales au gazoduc, les surcouts de changement de mode d’alimentation des turbines, et des diesels, les surcouts de mise à niveau des équipements liés à la sécurité?

En bref, si le gaz naturel arrivait en Corse, son utilisation se ferait-elle sans délai et sans obligation pour EDF, d’avoir à repasser sous les fourches caudines de la CRE ?

 En ce qui concerne le financement de la STEP de Corse, donc pour un ouvrage de stockage d’EnR auquel nous sommes favorables, il semble toutefois qu’il soit prévu par EDF de solliciter une  contribution de la Collectivité Territoriale de Corse?

Il y aurait-il des précédents dans l’hexagone ? Est-ce que la région Rhône-Alpes a été mise à contribution financière pour réaliser la STEP et le barrage de Grand’Maison ? Cet ouvrage permet de stocker les excédents de production du nucléaire. 


*il en resterait 3