En France, la mise en application du Grenelle de l'Environnement passe par sa déclinaison aux territoires. En Corse, cette territorialisation a fait l'objet d'une convention signée le 7.10.2010 entre le président de l'Exécutif et le Préfet de Région.

Cette convention prévoyait une gouvernance à 5, autrement dit, le 5 eme collège, celui des associatifs, aurait du pouvoir siéger dans les organes délibérants du CEAC, le Conseil de l'Energie de l'Air et du Climat (il succède au Conseil Energétique) et participer aux décisions relatives à l'élaboration du Schéma Régional Climat Air Energie.

Au cours de la séance publique du 1er avril 2011, L'Exécutif a soumis au vote de l'Assemblée de Corse un texte sur la composition du comité de pilotage, organe décisionnel du CAEC, qui ne respecte pas la gouvernance à 5. Le 5 eme élément, les associations,  n'y figure pas. 

Du côté de contrôle de légalité (si prompt à envoyer au TA les délibérations de la Commune de Cutuli è Curtichjatu qui a décidé d'organiser un référendum d'initiative locale relatif à la future centrale de Bastelicaccia) apparemment pas de réaction. Oubliée la convention Bouillon-Giacobbi, oubliée la territorialisation, du moins dans ce qu'elle pourrait avoir de gênant.

A la clé: l'élaboration de la future politique énergétique de la Corse. Imaginez le risque de l'impact d'un seul vote négatif au sein du comité de pilotage: le séisme causé par des associatifs votant contre une décision qui leur paraitrait contraire aux intérêts sanitaires et environnementaux de la Corse! Débarrassé de ce gênant collège, l'Exécutif peut donner libre cours à la stratégie des choix élaborés par son copil, et éclairés par les hommes de l'art, les porteurs d'eau et ............les experts.

Experts?

 

le vendredi 29.06.2012 se tenait dans l’hémicycle de l’Assemblée de Corse, dans le cadre de l’élaboration du SRCAE, une réunion de travail sur :

 

La vulnérabilité de l'économie Corse face à ses approvisionnements pétroliers.

 

La réunion, en l’absence du directeur de la Direction Déléguée à l’Energie (ex de l’ADEME) est pilotée par Monsieur Philippe ISTRIA (également ex de l’ADEME)

Dans les grandes lignes, il s'agissait d'abord de prendre conscience de notre trop grande dépendance aux importations de produits fossiles, puis d'imaginer comment pourrait évoluer la situation mondiale, et ce que serait son impact sur la Corse afin d'essayer d'en dégager la meilleure (moins mauvaise) méthode de sevrage pour la Corse.

Des spécialistes de différents bureaux d’études, organisés en consortium pour l’occasion, nous présentent, sous forme de diaporamas, leurs pistes de réflexions autour de :

3 scénarii mondiaux sur l’évolution du prix baril de pétrole entre 200 et 800 dollars le baril,

3 scénarii locaux :

Gaz naturel

Renouvelables

Exotique

 

Ces experts nous proposent de combiner ces 6 scenarii (eux disent scenarios) pour en dégager une multiplicité de situations à travers un beau tableau.

 

A la fin d'un exposé, très bien présenté, ma voisine (qui représente le GARDE) me livre son impression: "C'est très bisounours cette présentation".

 

Puis vient le tour des questions, la parole est enfin donnée aux participants.

 

Aria Linda à Monsieur Savary (bureau d’études IED, qui a réalisé une étude en 2006 pour l’ADEME Corse, et l’étude comparative fioul lourd/ fioul léger commandée par la CTC en 2010) :

"Vous avez indiqué dans votre présentation que la France s'est engagé pour le gaz naturel en Corse.

Or, il n'y a aucun engagement de la France. La PPI (programmation pluriannuelle des investissements prévoit que les centrales de Corse sont raccordées au GALSI s'il est *réalisé. L’éventualité d’une alimentation en GNL n’est pas prévue.

Vous avez élaboré 3 scénarios sans intégrer le fait que la Corse puisse ne pas être raccordée au GALSI et que les centrales thermiques restent définitivement alimentées au fioul lourd. Ca me semble un peu hasardeux. " 

Aria Linda au représentant de la CTC:

« Monsieur ISTRIA, vous avez dit que le trafic routier était le 1er consommateur de combustibles dans l'île. Si je me souviens bien d’une étude réalisée par l'ADEME que vous avez présentée je crois en 2009, l'autre moitié des combustibles utilisés dans l'île est consommée par les 2 centrales thermiques de Corse. »

Monsieur Savary ne répondant pas immédiatement, c'est le représentant de la CTC qui reprend la parole:

" On ne va pas refaire l'histoire, on est sur un scenario en 2020".

Un autre intervenant, s'adressant au représentant de la CTC:

" Monsieur, sans vouloir rebondir sur la précédente intervention, vous ne pensez que compte tenu de la situation géopolitique, économique, l'éventualité que le GALSI ne se réalise pas existe?"

 Plus tard, condescendant, le représentant de la CTC s'adresse aux associatifs:

« Je comprends vos inquiétudes...... »

Dans l'hémicycle, les hommes de l'art et les porteurs d'eau doivent mourrir de rire. Un des participants situé dans mon dos me tape sur l'épaule: " Non seulement il ne reconnait pas que leur raisonnement est boiteux, mais en plus il travestit votre remarque en inquiétude". Ils ont oublié que la centrale au GPL de SERRA DI FIUMORBU n'a jamais vu le jour, après avoir reçu les plus hautes bénédictions."

Pierre-André GIOVANNINI, directeur de la SNCM a la parole: Citant EDF et de Jacques Thierry MONTI, il parle de "nos cousins d'EDF". (NDLR: je suppose que le cousinage évoqué est celui qui a trait à l'utilisation de moteurs diesels marins alimentés au fioul lourd)  

Il défend la SNCM accusée, tout comme ses concurrents, de n'avoir qu'un taux de remplissage annuel de 30 %. " Nous, On est à 98 % sur 4 mois, et donc en moyenne à 56 % sur l'année" Les autres (les jaunes?) ont des navires de 40 ans.

Illustration: ci-dessous, le 05 juillet 2012  dans le port d'Ajaccio, l' lIe de Beauté, navire de la SNCM âgé de plus de 33 ans, n'est autre que l'ex Cyrnos, lancé en 1978, allongé entre 1989-90. 

 

"Nous avons prévu de renouveler notre flotte avec des navires à gaz", ce que confirmera son PDG quelques jours plus tard. 

Sur les bancs, on s'interroge: la démarche de l'opérateur est-elle spontanée? La réponse tombe de la bouche du directeur: en fait c'est à cause  " des contraintes drastiques applicables en 2015".

* le lundi suivant, au cours d'une réunion relative à l'élaboration du SCRAE, j'aurais l'occasion de revenir sur l'éventualité de la non réalisation du GALSI....qui a probablement perdu beaucoup de son intérêt, notamment pour EDF, qui vient de signer avec GAZPROM , et du fait de cette union, une EDF qui donnerait dans le gaz de schiste

Et on reparle d'EDISON, que la Corse connait plutôt sous MONTEDISON et ses boues rouges, qui étaient déversées tout près de nos côtes......OPA!

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