Ce mercredi 28 septembre 2011, s’est tenue la table ronde 3-3 de l'Agenda 21 de la CAPA intitulée : Conséquences des modes de développement : qualité de l’air, déchets, assainissement.

Le groupe de travail était composé de 18 personnes, dont le directeur de l’association agrée indépendante Qualitair Corse. La présence de ce spécialiste nous donnait l’occasion de signaler qu’une phrase, contenue dans le document réalisé par la CAPA, contenait un double inacceptable postulat.  

Depuis la baisse importante des émissions de la centrale thermique du Vazzio en 2006, la source de pollution endogène essentielle dans le secteur urbain est incontestablement la circulation automobile.

Nous avons tenté d'expliquer pourquoi :

 Postulat n°1: Depuis la baisse importante des émissions de la centrale thermique du Vazzio en 2006

S'il est vrai qu'à partir de 2006, EDF a été obligée d'équiper de dispositifs de dépollution les cheminées des moteurs diesel de sa centrale, la réduction obtenue n'a pas permis de réduire significativement la concentration de l'ensemble des polluants émis. La réduction de la concentration en polluants a essentiellement concerné les dioxydes d'azote et les dioxydes de soufre.

Mais le dispositif installé n'avait pas vocation à réduire l'émission des microparticules, ennemi n°1 en matière de santé public ainsi qu'en témoigne le rapport publié par l'AFSSET en mars 2009, sur la commande du Ministère de la Santé et de celui de l'Ecologie.

L'exemple le plus flagrant de la non uniformité des baisses est sans conteste donné par la VLE poussières, la valeur limite d'émission applicable aux microparticules, qui était fixée à 100 µg/m3 par l'arrêté préfectoral d'exploitation en vigueur jusqu’en 2006, et qui n'a pas été revue à la baisse dans les arrêtés préfectoraux d'eploitation qui ont suivi, l'équipement progressif des échappements des moteurs diesel de la centrale par des catalyseurs n'y ayant pas vraiment apporté remède.

Il n'est donc pas décent de contribuer à laisser penser à la population que la baisse importante a concerné l'ensemble des émissions de la centrale thermique du Vazzio en 2006.

Pour se faire une petite idée de l'ampleur de certaines des émissions après 2006, par exemple en 2008, il faut savoir que les émissions de "poussières" déclarées par EDF cette année là et consignées dans le registre Français des émissions polluantes font état de 190 tonnes émises ..... Ce qui représente la bagatelle de 500 kg de microparticules émis en moyenne chaque jour!

Comment admettre qu'un réseau de surveillance de la qualité de l'air prévu pour répondre aux obligations de l'exploitant n'en détecte rien?

La référence à 2006 est par ailleurs assez pernicieuse. C'est en effet l'année du transfert des moyens de surveillance de la qualité de l'air, jusqu'alors utilisés par EDF dans le cadre de ses obligations d'exploitant, à Qualitair Corse.

En octobre 2006, par une convention signée entre EDF et Qualitair Corse, validée par la préfecture, Qualitair Corse accepte sans réserve les matériels. Puis, sans autre forme de procès, Qualitair Corse retire par la suite ces moyens de mesure spécifiques du réseau de mesure existant, au motif que les matériels jusqu’alors utilisés par EDF ne seraient pas homologués, sans pour autant les remplacer par d'autres.

Ainsi, le capteur de microparticules PM 10 qu'EDF avait implanté dans la station rurale de Piataniccia située sur la commune de Sarrola Carcopino est-il retiré du réseau de mesure sans tambour ni trompette.

Cette décision est d’autant plus injustifiable, que c’est justement là qu’en 2004-2005 lors des campagnes de mesures réalisées par *Airmaraix que le capteur de PM 10 avait relevé des niveaux de concentrations en microparticules tellement élevés qu'ils étaient jusqu'à plus de 2 fois supérieurs à ceux constatés dans les centres urbains de Marseille et d'Avignon. *(organisme agrée de surveillance de la qualité de l'air qui avait effectué les premiers essais indépendants jamais réalisés)

A l’époque, tout en signalant une autre source d’émission sans la désigner, Airmaraix identifie nettement la contribution majoritaire de la centrale du Vazzio aux niveaux de concentration mesurés.

Autre lacune de taille, depuis 2007 l'arrêté préfectoral d'exploitation de la centrale du Vazzio ne prévoit pas les mesures à adopter en cas de dépassement des seuils d'alertes fixés pour les microparticules. Il faudra attendre le mois de janvier 2011 pour que les préfets des deux départements de Corse réagissent, probablement suite à la saisine écrite des associations en décembre 2010. Nous avons en effet fait remarquer que le niveau qualitatif et quantitatif de la mesure de la qualité de l’air avait baissé depuis 2006.

En haute Corse le préfet met EDF en demeure de respecter la VLE applicable aux microparticule. Près des deux sites du Vazzio et de Lucciana un capteur PM 10 devrait enfin être remis en service.

Mais au moment où le capteur de PM 10 va enfin être remis en service dans la fameuse cabine de Piataniccia, l’arrêté préfectoral exclut la possibilité du déclanchement d’une procédure d’alerte sur ses seules indications.

En effet, quelle que soit la concentration en microparticules enregistrée par le capteur de Piataniccia, aucune procédure ne pourra être déclenchée tant qu’une seconde cabine située en Corse ne donnera pas une indication de dépassement. Autant dire, compte tenu de la position des autres capteurs par rapport aux cheminées et du régime des vents, qu’une telle occurrence est pratiquement nulle.

(depuis 2006, les capteurs ont perdu la trâce des émissions de la ZNI .............Zone Non Identifiée............Vazzio, et de celles de l'aéroport NB.........Not in my Back yard)

Postulat n°2: la source de pollution endogène essentielle dans le secteur urbain est incontestablement la circulation automobile.

Les deux centrales thermiques de Corse consomment la moitié des combustibles importés sur l'ile. Celle d'Ajaccio, située en zone urbaine, a conservé une capacité de production à partir des moteurs diesel deux fois supérieure à celle de Lucciana (centrale toujours en activité sans équipement de dépollution). Les moteurs diesel de la centrale du Vazzio doivent logiquement consommer près de deux fois plus de fioul lourd que celle de Lucciana. Soit près de 33 %, un tiers des combustibles importés sur l'ile.

Affirmer que la source de pollution endogène essentielle dans le secteur urbain est incontestablement la circulation automobile se heurte à un deuxième évidence! Compte tenu de la répartition géographique de la population dans l'ile, la consommation en combustible des quelques 80000 habitants du bassin de vie Ajaccien (25 % de la population de l'ile) ne peut générer une pollution endogène supérieure à celle de la centrale du Vazzio.  

Cela semble très difficile en consommant au mieux, et de façon relativement diffuse, seulement 12,5 % des combustibles importés dans  l'ile!

Ce postulat minore également la pollution générée par les navires à quai, dont Jean-Marc ROSCIGNI signale pourtant, lors de la restitution du groupe auquel il a participé, le caractère notoire dans l’esprit de la population.

Depuis la baisse importante des émissions de la centrale thermique du Vazzio en 2006, la source de pollution endogène essentielle dans le secteur urbain est incontestablement la circulation automobile. 

Photo Jean Paul L.

Mais le plus savoureux est que cette phrase constitue une reconnaissance implicite de l’impact des émissions de la centrale du Vazzio en secteur urbain.

Un impact qui n’a effectivement baissé de façon significative depuis 2006 que pour deux des nombreux polluants contenus dans les émissions de cette centrale……….mais qui reste donc pratiquement inchangé en ce qui l’émission des microparticules, métaux et autres polluants.

Comme disait le préfet Bouillon : tout dépend de la manière de présenter les choses.

Vous voyez Messieurs les préfets, pour nous, ce qui a incontestablement baissé en 2006, c’est le niveau de surveillance de la qualité de l’air. En relisant vos courriers de janvier 2011, on comprend que vous l’avez compris.

Les 17 participants à la table ronde ont pu constater que nos propos n'étaient pas contestés par l'homme de l'art. Un homme de l'art qui a cependant tenu à s'expliquer en off.....il est allé remettre avec beaucoup de discrétion sa carte de visite à la trésorière d'Aria Linda en lui demandant de l'appeler car "elle ne sait pas tout" !!!!!!

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Pour finir, la restitution des ateliers Agenda 21 de la CAPA de ce 28 septembre 2011 a été l’occasion d’une autre clarification.Un des rapporteurs a parlé de la baisse des émissions de CO2.

Nous avons pu lui faire remarquer qu’il s’agissait encore d’une baisse très médiatique, mais que c’est encore l’arbre qui cache la forêt.

Si les industriels font grand cas dans leurs études d’impact et dans leur communication de leurs efforts pour réduire ce polluant, c’est essentiellement et incontestablement pour réduire les amendes qui s’appliquent à l’émission de ce polluant.

Si ces pénalités s’appliquaient à l’émission des microparticules, nous pourrions respirer un air moins nuisible pour notre santé.

Il vaudrait mieux éviter que l’Agenda 21 de la CAPA ne ressemble par certains côtés au très bon film de Roberto BENIGNI……La Vie est belle.