Pourquoi perdons-nous la guerre contre les maladies?

Salle des fêtes de Batelicaccia, le public est venu entendre le message du professeur Dominique BELPOMME, éminent cancérologue, spécialiste de la relation entre affections, santé et environnement.

Comme à Bastia la veille, cette conférence est à l’initiative de l’Association pour la Fondation de Corse, dont Jean François BERNARDINI, I MUVRINI, est le Président.

Jean François nous présente l’objectif de l’AFC : la création de La Fondation de Corse.

L’Association œuvre en effet pour réunir les ressources humaines, les conditions morales et matérielles, nécessaires à la création « d’Umani-Fondation de Corse », qui sera la première Fondation Reconnue d’Utilité Publique de Corse. Pour cela trois grands axes:

Rassembler un grand nombre d’adhérents et de soutiens afin de conforter son assise populaire,

Recueillir, par la collecte des dons manuels et des cotisations des particuliers, entreprises et institutions, les fonds nécessaires à la capitalisation initiale d’1 million d’euros,

Elaborer un véritable projet d’intérêt général offrant l’assurance de sa transparence et de sa pérennité,

L’intérêt général de la Corse est le moteur pour accomplir cette mission désintéressée, créatrice de liens, d’épanouissement et d’avenir. A cet effet l’AFC mène des actions valorisant le patrimoine naturel, culturel et humain dans l’île et aussi dans le monde en échangeant les expériences, et en relation avec les grands défis de l’homme et de la planète.

Avant de confier la parole au professeur BELPOMME, Jean François exprime sa solidarité avec l’action citoyenne menée par la société civile contre la construction de centrales au fioul lourd.

« …..ce territoire mérite plus ……un système économique qui ne favorise pas la qualité de vie……. C’est une aberration….. »  sont parmi les premières phrases de l’intervention du Pr BELPOMME qui a pris connaissance la veille à Bastia de la volonté d’EDF d’imposer le renouvellement des centrales au fioul lourd.

Le Pr BELPOMME enchaine sur le thème :

Pourquoi perdons-nous la guerre contre les maladies?

Les fléaux de Santé Publique


Le cancer, première cause de mortalité :

Depuis le premier plan cancer, leur nombre est passé 290 000 à 350 000 nouveaux cas par an,

Alors qu’il touchait auparavant 1 homme sur trois et une femme sur quatre, la tendance évolue aujourd’hui vers 1 homme sur deux et une femme sur trois,

Pour les pouvoirs publics le tabagisme, l’alcolémie et les déséquilibres alimentaires seraient les seules causes.

Cette thèse ne tient pas indique le Pr BELPOMME, il suffit de constater par exemple le cas des enfants qui ne fument pas, ne boivent pas et n’ont pas encore été affectés par la suralimentation : le pourcentage de cancer chez les enfants est en augmentation de 1,1% chaque année.

Il est d’ailleurs établi que 3 cancers sur 4 ne sont pas liés au tabagisme.

La maladie d'Alzheimer :

Non connue jusque dans les années 70, elle est en constante évolution.

L’autisme :

Chez les enfants on comptait :

1 cas sur 10 000, il y a 25 ans,

1 cas sur 1 000, il y a 10 ans,

1 cas sur 100, aujourd’hui, la Grande Bretagne atteignant 1 cas sur 63

La maladie de Parkinson : en évolution.

Les allergies, qui poussent 12 millions de français à consulter chaque année

L’hypo-fécondité et la stérilité qui abaissent les naissances en Europe à 1,4 enfants par couple alors qu’il faudrait 2,1 enfants par couple pour maintenir la population

 

Les facteurs environnementaux

 

Plusieurs facteurs d’origine environnementale sont capables de modifier notre chaine ADN et de parvenir à générer les 3 à 6 altérations suffisantes pour les faire muter :

Les rayonnements et la radioactivité artificielle : les champs électromagnétiques : Une exposition à  1h par jour et durant plusieurs années dès le jeune âge expose à la maladie d'Alzheimer dès 45 ans et à des tumeurs au cerveau.

Le trou de la couche d’ozone, qui ne se réparerait pas contrairement à certaines affirmations augmente l’exposition aux UV solaires et donc le nombre de cancers de la peau

Les pollutions chimiques, quant à elles, sont responsables de 50% des autres cancers. Aujourd’hui 3 cancers sur 4 sont d’origine environnementale.

L’allongement de la durée de vie ne concerne que les populations nées avant le développement de la pollution. Les pathologies fœtales montrent qu’il n’en sera pas de même pour les générations futures et qu’une bombe à retardement sanitaire se prépare. Mais les hommes politiques ne sont pas sensibles au discours des scientifiques et se contentent du discours apaisant des lobbies industriels qui encouragent un déni sociétal.

Les HAP, les pesticides et les produits organochlorés ont un impact avéré sur les maladies de l’enfant et la stérilité. Coté combustions, les émissions des incinérateurs et des centrales thermiques contiennent les composés dits CMR, cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, les furanes et les dioxines.

A titre indicatif, les ampoules à économies d’énergies présentées comme une panacée, cumulent à la fois le risque d’exposition au mercure et aux champs électromagnétiques.

L’absorption de ces polluants en petites doses répétées débouche inévitablement sur des cancers.

Les PCB, jugés plus toxiques que l’amiante, ont irrémédiablement souillé le lit de nos cours d’eau pour plusieurs centaines d’années.

Et le Pr BELPOMME ajoute : les îles sont généralement beaucoup plus exposées à toutes les formes de pollution.

Louis PASTEUR parmi les premiers contemporains, après Hippocrate, tout en reconnaissant que la susceptibilité du terrain (différences entre les individus) avait mis en évidence l’influence des agents extérieurs sur nos organismes.

 

Que faire ?

 

« D’abord protéger » indique le Pr BELPOMME, « les femmes et les enfants d’abord ».

Tout le parcours santé d’un individu se programme dans le ventre de sa mère où il est directement exposé durant son développement aux polluants ingérés par sa mère.

Puis le Pr BELPOMME continue en énumérant les cas de figures : effets à court terme, à moyen terme, et à long terme. Des effets multiples qui peuvent tour à tour, à chaque étape de sa vie, affecter un individu.

Un constat très inquiétant pour les générations futures. La Corse ne sera pas épargnée.

Alors le Pr BELPOMME confirme la nécessité de refuser la construction de centrales au fioul lourd et d’incinérateurs, d’accroitre la mobilisation, et de prolonger le combat par une action en justice.

Ne pas accepter les diktats des industriels, et refuser que la Corse soit définitivement considérée comme une poubelle où l’on peut, alors que son usage est abandonné partout dans le monde, continuer à bruler du fioul lourd pour produire de l’électricité, et qu’il existe d’autres solutions. Désobéir civiquement s’il le faut.

Le Pr BELPOMME prône le recours à la production à partir d’énergie solaire et cite la réunion où est produite 50 % de l’énergie solaire française.

L’intervention est saluée par l’auditoire. Puis le public à parole, les médecins présents s’expriment, Sauveur MERLENGHI généraliste engagé, Joël CASTELLI oncologue vice-président d’A Sentinella s’expriment et conviennent avec le Pr BELPOMME de la nécessité d’établir un argumentaire éco-toxicologique  en vue d’une action au TA.

Puis Jean François BERNARDINI prolonge le message à l’attention des associations engagées dans le combat, « vous pouvez compter sur le soutien d’I MUVRINI, nous envisageons de vous permettre, lors de chaque date de notre tournée du mois d’août, de vous adresser au public. Votre cause doit bénéficier d’une plus grande diffusion. J’envisage également de proposer au conseil d’administration d’Umani-Fondation de Corse de réfléchir à la possibilité de soutenir financièrement l’incontournable action en justice que vous avez prévu d’engager »

Soulignant les difficultés pour les élus confrontés aux rouleaux compresseurs des industriels qui n’ont d’autres objectifs que l’intérêt économique, Jean François BERNARDINI s’adresse au Maire Antoine OTTAVI qui assiste à la conférence : « Voilà Monsieur le Maire, il y a là une belle énergie, le soutien  qui vous est indispensable faire face à l’inacceptable ».

Minuit, après un dernier échange de contacts, on remercie le Pr BELPOMME, Jean François BERNARDINI et les responsables d’UMANI qui reprennent la route pour Bastia.

 

Une grosse bouffée d’oxygène pour les opposants aux centrales au fioul lourd.