Conférence de presse du Vendredi 2 juillet à 10h30

du Collectif Régional NON aux CENTRALES au FIOUL LOURD

 

 

Mardi 29 juin 2010, à 17h30 une *délégation du Collectif Régional NON aux CENTRALES au FIOUL LOURD  était reçue par le Préfet de Haute Corse. Assistaient à l’entretien cinq représentants de l'Etat, trois représentants d’EDF (dont le président de PEI Productions Electriques Insulaires, filiale d’EDF) deux représentants de MAN et un consultant.

 

Prenant à contre-pied les annonces de la Conseillère Territoriale en charge de l’énergie, sur l’éventualité de l’approvisionnement de moteurs MAN 51/60 (capables de fonctionner sans modifications au gaz naturel) le Préfet a très vite précisé les grandes lignes de son projet d’arrêté d’autorisation d’exploitation de la future centrale thermique de Lucciana en précisant que 7 moteurs de type 48/60 seraient installés et alimentés au fioul lourd. A l’évidence, la superposition  de cette feuille de route avec celle du Préfet de Région pour Ajaccio, dépourvue de plan B, indique clairement qu’EDF veut imposer la pérennisation du fioul lourd pour la Corse entière, en dépit des annonces des Préfets qui s’en défendaient.

 

Au regard de la minime part de compétence reconnue à la Collectivité Territoriale par le code général des collectivités territoriales, CGTC,  en matière de moyens thermiques, celle-ci en a donc été spoliée. Le CGTC indique en effet que la Collectivité de Corse est « garante de l’acceptabilité de ses choix énergétiques par la population ». L’annonce du Préfet indique clairement qu’aucune des conditions permettant de considérer que la caution de la population souhaitée par l’Etat n’a été remplie.

 

Le Collectif Régional NON aux CENTRALES au FIOUL LOURD prend acte que l’Etat, d'abord à Lucciana, a mis fin au dialogue. Nous allons donc amplifier la mobilisation, et peaufiner une action en justice.

 

Nous rendrons public le contenu intégral de cette entrevue et la teneur des propos qui ont été tenus en présence du Préfet de Haute Corse, alors même qu'une heure auparavant, EDF devançait son annonce et indiquait à la presse qu'il ne manquait plus que sa signature.

 

*(Dr Edmond SIMEONI – Collectif LUCCIANA Centrale au Gaz,  Dr Pierre LIEUTAUD – Association Mieux Vivre La MARANA, Fabienne GIOVANNINI – Conseillère Territoriale, Magali GOZZI - Collectif LUCCIANA Centrale au Gaz, Michel ANGELI – Collectif des résidents de Lucciana contre la centrale au fioul et pour le raccordement de la Corse au Galsi, Pierre André EMMANUELLI – IVERDI , Chjara MOLINELLI – U POLPU & U LEVANTE, Dominique LANFRANCHI - Association A SENTINELLA, Jean Nicolas ANTONIOTTI – Collectif ARIA LINDA)

 

 

Notre analyse point par point des « échanges » :

 

 

1)      Ne pouvant répondre aux réserves émises par la commission d’enquête publique dans les 19 pages de conclusions, EDF en conteste la validité en estimant que « tout n’est pas vrai dans cette enquête ». Le préfet de Haute Corse, qui a prolongé la durée initiale de remise des conclusions ne réagit pas à la remise en cause du travail de la commission.

 

2)      Pris en flagrant délit d’avoir interprété à son avantage la commande publique matérialisée par la programmation pluriannuelle des investissements de 2006, la PPI 2006, EDF soutien avoir élaboré son dossier en le respectant, alors que le document, lorsqu’il désigne le fioul, ne l’associe jamais au qualificatif lourd. Le président de PEI reconnaît toutefois sa totale responsabilité dans cette orientation. De fait, l’enquête publique remarque que le choix d’EDF n’est pas appuyé par une démonstration - avantages/inconvénients - intérêt économique/impact environnemental - résultant de la comparaison avec d’autres modes de production envisageables, notamment le gaz naturel.

 

3)      Dès lors qu’EDF dispose de la capacité à récuser l’enquête publique ou à passer outre les décisions ministérielles, sans que ni l’Etat à travers le Préfet, ni que les élus régionaux ne s’en préoccupent, se pose un véritable défi à la démocratie. La réunion du comité départemental de l’environnement des risques sanitaires et technologiques, CODERST le 9/7/2010, du conseil énergétique le 13/07/2010, et de la mise en place à la rentrée de la commission du débat public, CNDP ne seront que des cautères sur des jambes de bois.

 

4)      Alors que nous lui faisons remarquer que par la motion votée le 13 novembre 2009 par 44 voix sur 51, la Collectivité Territoriale de Corse :« demande au Ministre de l’industrie l’abandon définitif de toute construction de centrale fonctionnant au fioul lourd (et que les choix d’implantation considèrent en priorité les aires de diffusion des pollutions) » le président de PEI  qualifie cette expression démocratique de « vote au petit matin à 14 voix ».

 

5)      EDF fait également fi de la délibération votée le 12 mai 2010 par le Conseil Municipal de la Commune de Lucciana demandant à EDF de démarrer la centrale de Lucciana au fioul léger.

 

6)      L’argument invoqué par EDF pour ne pas accéder à la demande unanime des collectivités de passer au fioul léger : 18 mois de procédure supplémentaires pour relance de la procédure d’enquête publique mettraient en danger l’équilibre énergétique. A noter que notre remarque concernant ce changement de combustible avait été évoquée lors de la réunion publique organisée par le Préfet de Région le 21 septembre 2009 à Bastelicaccia, et notifiée dans nos apports à l’enquête publique.  Donc bien avant que la commission d’enquête publique ne rende ses conclusions

 

7)      Constatant qu’EDF avait pu, en cours de procédure d’enquête publique, modifier le contenu du dossier pour le stockage du fioul lourd et même relancer un appel d’offre, le Député Européen François ALFONSI avait fait remarquer, lors de l’audience du 29 avril 2010, qu’il était donc possible de réduire ce délai. Le Préfet nous a affirmé que le Député Européen s’était trompé sur ce point.

 

8)      Répondant aux inquiétudes exprimées par les professionnels de santé quant à l’impact sanitaire des émissions des centrales sur la population, Le président de PEI rétorque qu’il s’agit d’axiomes. Cette posture étant renforcée par les fins de non recevoir opposées par les autorités en charge de la santé publique aux demandes d’enquêtes épidémiologiques et à l’absence de registre des cancers.

 

9)      EDF se dissocie pourtant de l’Etat, son actionnaire majoritaire, « celui qui fixe la réglementation » quand bien même celui-ci se montre très compréhensif, comme au mois d’août 2008, en acceptant de considérables dépassements des valeurs limitent d’émission de polluants. Prescriptions pourtant soumises à un précédent CODERST, et signées par un précédent préfet.

 

10)  Le passage en force s’applique également aux prescriptions de la programmation prévisionnelle des investissements, PPI qui prévoient la fin de la dérogation de dépassement des seuils réglementaires d’émissions polluantes dont bénéficie l’actuelle centrale de Lucciana au 31.12.2010, date qu’EDF n’entend pas respecter. Comme l’indique clairement son directeur, en 2005 alors qu’EDF est obligée en 2005 d’équiper la centrale du Vazzio pour la rendre conforme à la réglementation française en matière d’émissions applicable dans l’hexagone, la DRIRE permet à EDF de laisser Lucciana continuer à fonctionner sous dérogation.

 

11)  D’étranges considérations économiques priment sur la santé. Selon le Directeur Régional, la Commission Régulation de l’Energie, CRE, n’accepterait pas de financer les surcoûts d’exploitation liés à une transition vers le gaz naturel assurée au fioul léger. S’il devait être confirmé, ce positionnement  remettrait en en cause la proposition avancée par le Préfet de Région selon laquelle à partir de 2016, à défaut de raccordement de la Corse au GALSI, toutes les centrales de Corse seraient alimentées au fioul léger. Pourtant, la CRE consent à compenser EDF à hauteur de 3000 € pour chaque démarrage-arrêt, malgré l’anormale multiplication de ces phases très polluantes, pour des centrales censées travailler en base. Bien qu’EDF conteste ces chiffres, la seule centrale du Vazzio totalise en 2008, 1250 de ces phases. (comptage réalisé à partir des relevés d’autosurveillance d’EDF. EDF n’en reconnaissant qu’un millier, on arrive donc au minimum à 1000 x 3000 = 3 millions d’euros donnés par la CRE à EDF, hors Lucciana,  pour la seule année  2008.) 

 

 

12)   Dans les apparences, l’action menée par la Députée Européenne Michelle RIVASI au sujet du dépassement de la limite des 5 % d’interconnexion admis par dérogation (EDF atteint au moins 30 % d’interconnexion) pour permettre à une zone dite « non interconnectée » (ZNI) de le rester et de conserver le bénéfice du statut qui s’y rattache déroute de nos interlocuteurs. Le Préfet y voit un risque de dérèglementation tarifaire (haussière) pour les consommateurs, ce que ne prévoient pas les textes. Si la Corse perdait « les avantages» accordés aux ZNI, elle serait tout simplement alignée sur le même statut que les autres départements métropolitains. Le Directeur d’EDF avance, sans en préciser la nature, un risque pour le statut des personnels. En fait la véritable préoccupation d’EDF serait liée à une potentielle baisse du taux de rémunération des capitaux investis.

 

 

13)   Au cours de l’entretien, en présence du préfet, et comme certain syndicat dont ils se sont transformés en portes-parole de circonstance, les représentants d’EDF ont dénigré tout ceux, individus, associations, élus qui se sont élevés contre les options qu’ils sont seuls à porter, en décrivant leurs contradicteurs comme non représentatifs de la population. Faute de pouvoir argumenter sur le fond du dossier.

 

 

 

Un autre surcoût se profile pour EDF : les coûteuses campagnes de communication dans la presse, qui ne suffisant pas à restaurer une confiance perdue, son Directeur Régional pratique un lobbying intensif auprès des élites et des personnalités représentatives de la société civile en multipliant les invitations aux bonnes tables de l’île. Nous lui suggérons, pour joindre l’utile à l’agréable, de proposer à ses invités une projection du reportage Lumière Noire en guise de digestif.

 

 

On peut enfin se demander pourquoi l’union française des industries pétrolières, UFIP, qui dispose de stocks de fioul lourd ne serait pas capable de fournir à EDF trading limited, filiale basée à Londres, le fioul lourd à 0,4 ppm de soufre qu’elle achète à Malte, seule place capable d’en fournir selon EDF ?