Parmi les associations qui s’intéressent à la qualité de l’air en Corse, il y a celle qui la mesure, et  les autres, dont  Paul SILVANI, le  22 juillet 2008, fustigeait déjà l’action en évoquant «  un débat nourri de fantasmes et de dangers imaginaires ».  

P

Un fantasme,  l’émission annuelle  de 190 tonnes de particules par la centrale du Vazzio, soit environ 500 kg par jour ? Des dangers imaginaires, le lien entre l’accroissement de la mortalité aggravée et  la concentration en particules dans l’air ambiant signalé par l’AFSSET et que le Docteur MERLENGHI situe autour de 8% dans la vallée de la Gravona ?

P

Deux ans plus tard, La Corse-Votre-hebdo du vendredi 11 juin 2010 consacre une page entière à Qualitair Corse. En une seule phrase, la première, le journaliste synthétise toute la problématique :

P

« La pollution de l’air est régulièrement source de polémique entre les pouvoirs publics et les associations de défense de l’Environnement : en cause les centrales thermiques au fioul ».

P

C’est effectivement entre les pouvoirs publics et les associations qu’il y a divergence d’appréciation sur la qualité de l’air que respire la population, et sur l’information qui lui est délivrée.

P

Depuis que la loi sur l'air de 1996 a reconnu à chacun le droit à respirer un air qui ne nuise pas à sa santé, ce droit est normalement garanti par l'Etat et assuré par l'organisation des missions de service public correspondantes.

P

Ainsi, sur  tout le territoire national,  la surveillance de la qualité de l’air a été confiée à des AASQA, des Associations Agréées pour la Surveillance de la Qualité de l’Air qui sont des  opérateurs de l’Etat. Le statut d’opérateur de l’Etat, qui a été introduit par la loi organique relative aux lois de finances, LOLF en 2006, s’applique également à Météo-France, et à l’ADEME, l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.

P

Pour le député Christian HUTIN président d’ATMO France, le réseau national des AASQA : « Ce qui caractérise les opérateurs de l’Etat, c’est un financement majoritaire ainsi qu’un contrôle direct assurés par l’Etat ».  Les AASQA sont pilotées par un conseil d’administration  associant à parts égales les représentants des 4 parties prenantes (Etat, collectivités territoriales, industriels et associations) et un financement censé être équitablement réparti entre ces mêmes acteurs (hors associations).

P

Depuis 2010 les opérateurs de l’Etat sont soumis au non remplacement d’un départ sur deux à la retraite ainsi qu’une baisse de 10% du budget sur 3 ans, au titre de la révision générale des politiques publiques (RGPP).  Un exemple de ce qu’est l’indépendance des AASQA : lors du vote du budget 2010, le représentant de l’Etat a décidé de renouveler seulement un appareil sur neuf de mesures des oxydes d’azote (NOx).  De fait, le désengagement financier de l’Etat risque d’accroître les charges incombant aux collectivités locales, en première ligne pour les politiques de qualité de l’air.

P

Constat : depuis janvier 2010 la lisibilité des informations mises en ligne par Qualitair a considérablement été réduite, sans revenir à son état initial, malgré les demandes réitérées des associations lors des réunions du conseil d’administration.

P

En Corse, il faut souligner que parmi les industriels, seule EDF contribue financièrement au budget de Qualitair en utilisant sa possibilité de réaffecter tout ou partie de la TGAP qu’elle acquitte.  Cette taxe générale sur les activités polluantes versée aux douanes, imposée depuis 2000  par le principe pollueur-payeur porte, en y regardant bien, la contribution contrôlée par l’Etat à environ 60% du budget de Qualitair.

P

 La communication portée par le directeur de Qualitair, est donc celle d’un opérateur de l’Etat.

P

Quand la centrale d’Ajaccio s’arrête après un incendie en 2009, ou quand celle de Lucciana, autorisée par la DRIRE, dépasse considérablement les valeurs limite d’émission en août 2008, les capteurs de Qualitair ne remarquent rien. Cela lui permet-il de dire : « Je ne peux pas faire dire à des chiffres ce qu’ils ne disent pas » ? 

P

Aussi, lorsqu’il aborde la comparaison des émissions du gaz naturel et du fioul lourd,  il rejoint la nouvelle stratégie de communication de l’industriel qui consiste à s’intéresser aux nanoparticules qui pourraient être émises lors de la combustion du gaz naturel. Une question que l’industriel ne s’était jamais publiquement posé pour les émissions du fioul lourd.

P

Alors en guise de réponse, juste un constat : sur le continent, les centrales au fioul lourd ne sont jamais remplacées à l’identique par d’archaïques moteurs diesel, mais bel et bien par des turbines alimentées au gaz naturel. Et le budget des régions n’est pas sollicité pour financer les gazoducs qui les alimentent.

P

Il suffit d’observer ce qui se passe en Pays de Loire, cher à François FILLON, précisément à Saint Nazaire où MAN produits les moteurs pour la Corse et les DOM, et où on installe à quelques kilomètres, à Montoir de Bretagne, une turbine à gaz de chez General Electric produite à Belfort.

P

Mais quel est l’enjeu de la démarche citoyenne des associations de défense de l’Environnement opposées au fioul lourd ?

P

Politicien ? Pas un seul candidat issu de nos associations n’a figuré sur les listes présentées par les différentes formations politiques lors des territoriales !

P

Financier ? Nos comptes sont déposés à la préfecture, nous sommes bénévoles, nous n’avons pas de salariés, pas d’activité commerciale, du mal à financer les moyens de mesure indépendante que nous voudrions acquérir, et les frais de justice que nous aurons à financer pour attaquer au TA les décisions qui feront la part belle au fioul lourd. Car les intérêts financiers sont ailleurs : un marché annuel du fioul qui s’élève à près de 180 millions d’euros, un taux de rémunération des capitaux investis de 11 %, la conservation du  monopole sur la Corse et les DOM, un actionnariat (l’ Etat détient plus de 80 % d’EDF) à satisfaire, et des avantages à conserver.

P

Pour nous l’enjeu est sanitaire et environnemental. Pas question de laisser  sacrifier la santé publique sur l’autel d’une apparente rentabilité.

P

Nous produisons du concret, des chiffres tirés des propres documents d’EDF, de la DRIRE, et nous pouvons expliquer, ou monter la différence entre du fioul lourd et du léger. Les conseillers territoriaux ont en pu prendre conscience lorsque des bouteilles contenant les deux produits ont circulé dans l’hémicycle, certains répugnant simplement à les toucher.

P

Alors chaque fois qu’on nous présente localement une situation idyllique, il faut se demander se qui se passe ailleurs, et ce qui s’y dit. Prenons l’article sur la qualité de l’air paru dans CAPITAL ce mois-ci :

P

Parmi les 15 villes comparées pour le nombre de jours où la qualité de l’air a été de bonne qualité en 2009, la côtière cité impériale (234 jours) se situe dans le peloton de queue,  en onzième position, juste avant quatre villes situées dans les terres.

 

Bonne dernière, Aix en Provence (194 jours) pâtit de la pollution importée de Fos sur Mer, un phénomène qui ressemble beaucoup à celui que connait la vallée de la Gravona, où les moyens de mesure manquent cruellement.

 

La mieux classée des 15 villes est Caen (322 jours) devant Brest (320 jours) et Calais (290 jours). Trois villes côtières……

 

Un peu à contre-pied de ce qui est dit dans le PADDUC, on peut se demander si la qualité de l’air est si bonne que ça à Ajaccio.  Autre constat, Qualitair Corse ne dispose d’aucune mesure en 2005 lui permettant de mesurer l’amélioration constatée jusqu’en  2009.

Pour revenir à la centrale du Vazzio (on remarque au passage que le directeur de Qualitair ne s’attarde pas à parler de celle de Lucciana) les seuls éléments disponibles sur ses volumes d’émissions figurent dans le registre français des émissions polluantes….basé sur les seules déclarations des industriels !

P

Reste à savoir qu’EDF est autorisée à ne pas comptabiliser le surcroît de pollution émis lors des phases dites transitoires : démarrages, arrêts, périodes de rodage, et toutes les périodes durant lesquelles les moteurs n’ont pas atteint 70 % de leur puissance nominale. Des périodes à l’origine des réserves émises par la DDS en 2005, mais très rémunératrices pour EDF qui encaisse 3000 € lors de chaque cycle démarrage+arrêt moteur (Environ 1250 en 2008).

P

Polémistes les associations ?

P

Et quand on aura du temps à perdre, on vous dira avec détails où sont les faux-culs.