Énergie solaire : la bulle spéculative se dégonfle

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2010/05/14/04016-20100514ARTFIG00595-energie-solaire-la-bulle-speculative-se-degonfle.php

Subventionné et dopé par le tarif de rachat bonifié, le photovoltaïque est devenu un produit financier. La filière veut assainir le marché et se prépare à une concentration des acteurs. 

La bulle du solaire est-elle en train de se dégonfler en France ? Le vote du projet de loi Grenelle 2, le 11 mai, s'est révélé moins polémique sur l'électricité photovoltaïque que l'éolien. Le texte valide les nouveaux tarifs de rachat - moins avantageux - de l'électricité d'origine photovoltaïque qui avaient été pris par arrêtés en janvier dernier. «La baisse du tarif avait ému la filière, rappelle André Antolini, le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), mais globalement, le Grenelle 2 permet le développement de l'activité.»

Ces derniers mois, les reproches pleuvaient sur la filière solaire. Pêle-mêle, des installations parfois défectueuses, une pléiade d'interlocuteurs, trop d'écart entre le nombre de projets annoncés et les réalisations… Bref, un marché qui se cherche et qui « ressemble un peu au Far West, chacun cherchant à tirer son épingle du jeu au point d'être régulièrement taxé de spéculateur  », témoigne un acteur. Mais pourrait-il en être autrement pour une industrie largement subventionnée, réunissant plusieurs technologies et qui doit gagner tant en visibilité qu'en simplicité ?

Énergie encore marginale 

À la fin de l'année dernière, 43 700 installations photovoltaïques étaient raccordées au réseau électrique français pour une puissance totale de 268 mégawatts (MW). Les capacités nouvelles installées ont plus que doublé entre 2008 et 2009. Les perspectives en matière d'emploi sont réelles. La filière aurait mobilisé 8 500 emplois en 2008 selon l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) et prévoit d'occuper 70 000 personnes en 2020. Mais malgré son dynamisme, le secteur ne représente encore qu'à peine 0,05 % de la production d'électricité en France. Le solaire thermique, quant à lui, ne contribue qu'à hauteur de 1,1 % de la chaleur produite dans l'Hexagone. « L'explosion du photovoltaïque ( ces deux dernières années) s'explique parce que le crédit d'impôt, qui couvre une assiette d'investissement de 16 000 euros, conjugué au tarif de rachat attractif l'ont transformé en placement financier», résume Jean-Louis Bal, le «M. Énergies renouvelables» de l'Ademe. Simultanément, le solaire thermique (pour produire de l'eau chaude), qui ne bénéficie pas d'atouts financiers et dont l'éligibilité à l'écoprêt à taux zéro n'est pas évidente, a chuté de 15 % en 2009.

Paradoxalement, la baisse des tarifs de rachat décidée dans la loi Grenelle 2 n'a pas suscité trop de grogne au sein de la filière. «Je soutiens cette baisse pour écarter des opportunistes, et pour créer un vrai marché », plaide Stéphane Maureau, le directeur général d'Evasol, premier installateur en France. Car «les gens se montrent très réceptifs au solaire, mais nous devons être encore plus pédagogiques, souligne Frank Chevral, directeur de France Panneaux Solaires, un installateur qui travaille à 95 % pour les particuliers. Celui-ci rappelle que si la Chine peut fabriquer des panneaux de bonne qualité (la France n'en produit pratiquement pas), il se pose nécessairement des problèmes de garantie pour ces produits. La filière a récemment mis en place des labels de qualité, comme Qualit'ENR. Un audit sur les chauffe- eau réalisé en 2008 a révélé 6 % d'installations défaillantes et 18 % dans un état insuffisant.

Parmi les autres difficultés récurrentes, les professionnels insistent sur la durée excessive pour raccorder une installation solaire au réseau. Parfois plusieurs mois, contre quelques jours seulement en Allemagne. Dans la ligne de mire, ERDF. La filiale d'EDF en charge de la distribution répond ne pas avoir été programmée pour raccorder tous les petits producteurs. Tôt ou tard, le secteur du solaire devrait connaître un phénomène de concentration. Les acteurs ont des besoins en fonds de roulement importants. Leur efficacité passe donc par le regroupement. Les grands énergéticiens sont à l'affût. Ainsi Total, après avoir raté le virage de l'éolien, veut absolument réussir celui du solaire. GDF Suez s'affiche de son côté en fervent partisan d'un mix énergétique équilibré. Areva a procédé à des acquisitions significatives dans le solaire, dont le californien Ausra en février. Quant à EDF, le groupe dispose avec sa filiale EDF Énergies nouvelles d'un solide bras armé.

Les efforts seront indispensables si la France entend atteindre les objectifs qu'elle s'est fixés dans le cadre du Grenelle, à savoir l'implantation d'une centrale solaire dans chacune des régions françaises dès 2011 et la multiplication de la capacité photovoltaïque par vingt-trois d'ici à 2020.