Conférence de presse GARDE / U Levante du 28 septembre 2009

 

La qualité de l’air en Corse

 

La loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie (LAURE) du 30-12-1996 indique que chacun a « le droit de respirer un air qui ne nuise pas à sa santé »  et confie aux Associations Agréées de Surveillance de la Qualité de l’Air (AASQA) la surveillance de la qualité de l’air et l’information du public ; elle impose que la qualité de l’air soit surveillée sur l’ensemble du territoire français à partir du 1er janvier 2000.

En Corse, l’association de surveillance de la qualité de l’air (Qualitair Corse) ne s’est constituée qu’en octobre 2003, suite à des demandes pressantes des associations de protection de l’environnement, et n’a commencé à fonctionner vraiment qu’en juin 2006. Le réseau de mesure s’est étoffé progressivement pour atteindre son état actuel (voir site web de Qualitair : www.qualitaircorse.org).

Les organismes officiels n’ont pas voulu valider les résultats du réseau de surveillance d’EDF autour des centrales thermiques, capteurs qui existaient avant le fonctionnement de Qualitair, arguant de dysfonctionnements… Ils enregistraient de très fortes pollutions de l’air.

Les seules mesures validées faites avant la mise en place effective de Qualitair ont été faites par l’ASSQA Airmaraix en 3 campagnes (été 2004, hiver 2005 et printemps 2005).

En octobre 2005, suite au pressing des associations relayées par l’opinion publique, le préfet Lemas obligeait EDF à se mettre en conformité avec les normes d’émission pour ses centrales en ce qui concerne les oxydes d’azote.

Au démarrage des mesures de Qualitair Corse, EDF était enfin en train de finir d’équiper ses cheminées de filtres à oxydes d’azote. En ce qui concerne ce polluant, les émissions actuelles sont donc inférieures.

 

 

Quelles sont les sources de pollution en Corse

Transports routier, ferroviaire, maritime, aérien.                 

Industrie : centrales thermiques

Sources diffuses : domestiques

Particularités locales : radon, amiante, feux de forêts, incinération sauvage

 

 

Ce qui est mesuré : Polluants gazeux majoritaires, NO2 (dioxyde d’azote), SO2 (dioxyde de soufre), O3 (ozone)

                                   Particules fines PM10 (< 10µ) et à titre indicatif PM 2,5 (<2,5µ)

A venir (à partir de 2009) : HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques), métaux lourds       


Qu’en est-il de la qualité de l’air en Corse ?

Que nous dit Qualitair ?       Pas de problèmes : pas de gros pics de pollution

                                                               La pollution vient de l’extérieur (ozone et particules désertiques)

Qualitair fiable et association indépendante.

 

Le Plan Régional pour la Qualité de l’Air (validé en 2006)  a indiqué que l’air était de bonne qualité.

 

Qu’en est-il réellement ?

Avons nous des données fiables et pertinentes pour affirmer qu’il n’y a pas de problème de pollution autour des centrales?
Sommes nous assurés que les données publiées répercutent les réalités du terrain?
Qualitair Corse, chargée des mesures, est-elle vraiment une association indépendante?
Les association  GARDE et U LEVANTE peuvent-elles rester membres de Qualitair Corse?

1 - Les études publiées sont-elles pertinentes?

Etude Airmaraix : bonne étude mais moyens d’interprétation faibles : vents au niveau du sol près des aéroports . Rien sur le régime des vents au niveau des sorties de cheminées, ni sur l’aérologie complexe des secteurs d’implantation des centrales : brises de terre et mer + vents dominants mais modulés par topographie complexe, présence de la couche d’inversion, recirculations.

Que faudrait-il faire ?  : une modélisation qui prenne en compte la topographie à échelle fine, et la dynamique de l’atmosphère locale (type MESO NH de Météo France).

 

Or Qualitair n’a jamais prévu de commander une telle modélisation qui permettrait de situer correctement les capteurs.

 

Etude EDF de dispersion des fumées de la centrale du Vazzio (demande préfectorale) ; elle a été réalisée par la société Numtech (2006). Certains points méritent d’être soulignés avant même une analyse exhaustive de l’étude : 

- zone d’influence non réaliste (carré de 20 x 20 km) ; 

- ne prend pas en compte toutes les émissions (chaudières, turbine à combustion) ;

- se limite à des tailles de particules de 10µ (irréaliste et sous-estime le temps de séjour des particules dans l’atmosphère). 

L’étude Numtech met quand même en évidence que l’essentiel des oxydes d’azote d’Ajaccio sont dûs au Vazzio...

 

Etude d’évaluation des risques sanitaires par inhalation des rejets canalisés de la centrale du Vazzio (demande préfectorale) . L’étude réalisée par la société Numtech (2007) est une modélisation mais n’est pas une étude épidémiologique.

 

La connaissance exacte de l’impact de cette pollution chronique sur la santé nécessiterait des études épidémiologiques dans les zones concernées. Elles n’ont jamais été effectuées et aucun registre des cancers n’existe en Corse.

 

Dans le cas des études payées par EDF (Aria, Numtech), on est face au problème général des études commandées et payées par le pollueur : les bureaux d’étude ne veulent pas perdre leurs clients (voir par exemple la page web http://www.numtech.fr/deontologie.html de la société Numtech). Ces études, en particulier les dernières de Numtech, sont à analyser de près avant de voir si certains résultats peuvent être retenus.

 

Bilan : les études publiées ne sont ni forcément pertinentes ni obligatoirement des références d’objectivité !


2 - Le réseau de stations de mesures est-il fiable ?

2.1 - La position des stations.

Pas trop de problèmes pour les stations ciblant la pollution urbaine ; on constate même peut-être pléthore de stations… peut-être destinée à nous montrer la pollution de nos automobiles ?

Stations ciblant la pollution industrielle : reprise des sites anciens EDF sans études de  dispersion.

Or le positionnement de certains sites EDF basés sur l’étude Aria de 1998, comme celui de Lucciana (Nord de la centrale, sur la RN) investigué par Airmaraix en 2005, n’étaient pas pertinents (Airmaraix : « ce site n’est pas influencé par la centrale »). 

Le site de Piataniccia par exemple est-il le plus pertinent pour tracer le panache du Vazzio ?

Avec le régime des brises de terre et de mer, une seule station par centrale semble insuffisant.

On peut également se demander si les capteurs urbains actuels ont été bien positionnés pour enregistrer la pollution émise par les navires.

2.2 - Les capteurs dans les stations

- Il n’y a pas de capteurs de particules dans les stations théoriquement sous le vent des centrales (Piataniccia, Marana) ! Or la pollution particulaire est particulièrement nocive pour la santé.

- Toutes les stations ne sont pas équipées de tous les capteurs, ce qui empêche une bonne compréhension des sources de pollution.

2.3 - Les polluants reportés ne traduisent pas forcément toute la réalité :

Exemple des oxydes d’azote NOx (NO + NO2) émis par Lucciana :

La station de mesure de la Marana enregistre des valeurs modérées de NO2 (dioxyde d’azote) mais enregistre aussi des pics pendant la nuit de NO (monoyde d’azote, toxique également) ; mais NO2 seulement est soumis à réglementation et à information. Les valeurs « officielles » -NO2 uniquement- sous-estiment la pollution de la centrale par les oxydes d’azote.

            2.4 – Le dysfonctionnements des capteurs.

Les anomalies relevées récemment sont nombreuses : feux de la Gravona sans effets sur les capteurs, arrêts des relevés, dérive des mesures non vérifiées (valeurs négatives remises à zéro) ; valeurs anormales des PM2,5 (erreur d’affichage ?) 

 

Le manque de réactivité pour corriger ces anomalies entraîne un discrédit sur les valeurs publiées. Il faudrait donc plus de personnel technique (1 temps plein seulement actuellement) pour réagir rapidement (problèmes des temps de déplacements en Corse et de la gestion des absences).

Ce qu’on peut dire jusqu’à maintenant :

- les capteurs sont mal placés ou insuffisants

- les dysfonctionnement sont trop nombreux

- les données publiées ne traduisent pas les réalités du terrain

- il existe en réalité une pollution continue de valeur notable qui est problématique pour la santé . Si une partie des pollutions à l’ozone et particulaire est bien importée (mais on ne sait pas la chiffrer avec le réseau actuel), les oxydes d’azote et de soufre sont, eux, d’origine locale.

 

3 - Les associations de défense de l’environnement

doivent-elles rester à Qualitair ?

3.1 - Qualitair est-elle une association indépendante ?

Les 20 membres de l'association sont répartis en 4 collèges: services de l'état, collectivités locales, industriels et membres qualifiés. L'association est financée de façon tripartite par les 3 collèges : l'Etat, les collectivités ainsi que les industriels à travers une partie de leur cotisation pour la Taxe Générale des Activités Polluantes (TGAP). En 2009 EDF finance Qualitair à hauteur de 35%.

Le problème est que les 3 collèges qui financent n’ont d’indépendance réciproque que théorique : un consensus est observé entre les représentants de l’Etat, des Collectivités et des industriels (souvent uniquement représentés par le représentant d’EDF). 

Les associations de défense de l’environnement sont très minoritaires – 3 voix potentielles sur 20 - (cf vote pour l’élection du Président en mai 2007).

En raison de sa composition, on ne peut pas dire que Qualitair soit indépendante dans la mesure où les financeurs (publics et industriels) imposent leur volonté (études à faire, extension du réseau) et que les financeurs (dans le contexte actuel en Corse) s’entendent.

 

3.2 - Les associations doivent-elles quitter Qualitair ?

La politique de la chaise vide n’est pas très constructive ; être dans Qualitair permet d’être au courant de ce qui s’y fait et des difficultés que rencontre l’équipe opérationnelle. Y faire valoir un point de vue différent peut permettre des évolutions, et il est possible que pour le prochain Plan de surveillance de la qualité de l’air en Corse (PSQA 2010-2015) certaines améliorations soient apportées.

Le fonctionnement actuel relève du seul binôme Président + Directeur et Qualitair est actuellement plus dans la communication que dans l’information. Le CA sert de chambre d’enregistrement à des  décisions déjà prises.

Le fait qu’une des 2 vice-présidences soit occupée par un membre de U Levante apporte une caution au fonctionnement, à la communication et aux messages excessivement rassurants diffusés par Qualitair.

Dans le contexte du choix d’EDF de reconduire des centrales au fioul lourd, en particulier dans la région ajaccienne, alors qu’existe une opportunité historique de choisir des solutions beaucoup moins polluantes avec le GALSI ou le gaz naturel liquéfié, la biomasse, les associations le GARDE et U Levante ne peuvent cautionner les messages rassurants sur la bonne qualité de l’air qui sous-entendent  un impact négligeable des centrales à fioul lourd. En conséquence leur représentante démissionne de la vice-présidence.