Monsieur  Le Président de La République

Palais de l'Elysée
55, rue du faubourg Saint-Honoré
75008  Paris

 

Lettre ouverte

 

Monsieur le Président,

 

C’est avec espoir et confiants en votre promesse de faire de la Corse un modèle environnemental que nous  tentons pour la deuxième fois d’attirer votre attention sur la situation énergétique de la Corse. En effet, La population de la Corse est confrontée à la volonté d’EDF d’imposer des moyens de production thermique au fioul lourd, alors que ce type de centrales thermiques, trop polluantes, est rejeté par la grande majorité des habitants de l’île.

Pour justifier sa démarche, EDF s’est constitué une légitimité en s’appuyant sur une décision de l’Assemblée de Corse votée en 2005 et largement inspirée par le rapport LETEURTROIS. Ainsi que le précise le Code Général des Collectivités Territoriales, cette décision n’a cependant aucune valeur, l’Assemblée de Corse ne disposant d’aucune compétence pour des moyens de production supérieurs à 8 MW. 

D’autre part, la décision de 2005 est totalement usurpée. En effet, L’Assemblée de Corse s’est arrogé le droit de cautionner son vote en vertu de « l’acceptabilité de ses choix énergétiques par la population » en sachant pertinemment que celle-ci a toujours refusé de subir les émissions cancérigènes des centrales au fioul lourd.

 

 

Quelques mois avant l’ouverture à la concurrence du  marché de l’électricité, et sans appel d’offre,  l’Assemblée de Corse hypothéquait l’avenir énergétique de la Corse et  installait  durablement le monopole d’EDF. Depuis, EDF a systématiquement interprété la commande publique à son seul avantage.

Le Plan Energétique Corse est même remis en cause par les hypothèses contradictoires envisagées par une récente évaluation environnementale récemment réalisée pour faire aboutir la seconde mouture du PADDUC, cette étude n’a d’ailleurs pas formellement été remise en cause par le Conseil des Sites réuni autour du Préfet de Région.

 

Nous avons adressé un courrier à Monsieur le Président de la CRE, pour lui signaler les mécanismes qui permettent à EDF d’abuser de sa position dominante en Corse. Aucune suite n’a été donnée, pas même une réponse de politesse. La Corse est donc un territoire où le principe Européen de libre circulation des services est bafoué, bien que la limite maximum fixée par dérogation pour le niveau d’interconnexion soit déjà dépassée.

La population refuse l’avenir sanitaire et environnemental que veut lui imposer EDF, sachant que la Corse a été soumise durant 25 ans à une dérogation permettant à EDF de s’affranchir légalement des valeurs limites d’émissions fixées pour les autres citoyens de l’hexagone.

 

De ce fait, la population de Corse a été très sensible aux propos que vous avez tenus lors du deuxième Conseil des ministres décentralisé qui s’est tenu en Corse, le 31 octobre 2007. Vous aviez alors déclaré vouloir faire de la Corse un modèle en matière d’environnement et de développement durable.

"Ma main, elle est tendue à tout le monde à une seule condition, c'est qu'on accepte de venir à la table des négociations comme des honnêtes gens, c'est-à-dire sans cagoule, sans bombe et sans menace", disiez vous alors.  Cette phrase d’ouverture  et de volonté politique ne trouverait-elle pas d’écho en ce qui concerne notre situation ?

Nous essayons en effet, très démocratiquement, mais sans véritable succès d’alerter le Préfet de Région sur l’impact sanitaire et environnemental de l’actuelle centrale du Vazzio située aux portes d’AJACCIO. Malgré les affirmations du Préfet LEYRIT qui affirmait que les nouvelles centrales à fioul lourd seraient moins polluantes,  EDF n’a pas pu démontrer que les moteurs diesel MAN qui sont les clones des actuels moteurs diesel SULZER, seraient « 10 fois moins polluants qu’en 1979 et 3 fois moins qu’en 2007 ».

 

Bien que l’intervention salutaire du Préfet LEMAS ait, à partir du mois de juillet 2005, contribué à réduire sensiblement plusieurs polluants, les microparticules cancérigènes restent émises en quantités quasiment inchangées depuis 1979. A son époque, la réglementation applicable en Corse semblait, tout comme aujourd’hui, parfaitement respectueuse de la santé de la population.

Il n’existe pas encore de registre des cancers en Corse. De ce fait, lorsque nous demandons au Préfet de Région de faire réaliser une enquête épidémiologique, il nous oppose les études commandées et  financées par EDF puis « bénies » par l’inspecteur des ICPE.

 

Outre le fait qu’elles manquent cruellement d’indépendance, nous avons des éléments probants montrant que ces études ont été gravement tronquées.

Ainsi que le démontre la suspension de son habilitation en matière d’installations nucléaires,  les pratiques de l’opérateur comportent certaines « dérives ». Pourtant, aucun contrôle inopiné n’a été pratiqué depuis la mise en service des centrales. Les réserves émises par la DSS en 2005 en matière de niveaux d’émissions ont été ignorées de façon scandaleuse.

L’alimentation des nouvelles centrales thermiques au gaz naturel, dont les émissions sont moins polluantes, fait aujourd’hui consensus en Corse. Le raccordement de la Corse au gazoduc GALSI fait donc la quasi unanimité au sein de la population. L’Europe, à travers la Commissaire Européenne Danuta HÜBNER s’y est déclarée favorable, à condition que l’Etat Français en exprime la volonté.

 

Nous vous demandons de contribuer décisivement à sa réalisation.

 

Toutefois, s’il ne devait pas être possible de nous y raccorder, et pour ne plus être cloués au pilori du fioul lourd, nous avons proposé une solution alternative type micro-chaîne Gaz Naturel Liquéfié qui a déjà été étudiée par l’opérateur historique et qui ne peut plus être dénigrée sans argumentation. De même, nous souhaitons la mise en œuvre en Corse du plan BORLOO de relance de la production hydroélectrique, notamment par la réalisation de STEP, également étudiées par EDF, et seules capables de stocker les abondantes ENR dont dispose la Corse.

 

 

 

Monsieur le président, vous avez la possibilité de changer le cours de l’histoire en donnant à la Corse une chance historique d’être alimentée en gaz naturel, ce qui lui permettra d’impulser le début d’un développement économique industriel par les multiples retombées et possibilités que génèrera le raccordement au Gazoduc. Si vous étiez ce président là, l’histoire de la Corse se souviendra de vous comme un bienfaiteur.

Espérant que la présente vous aura convaincu du bien-fondé de notre démarche, nous vous prions de d’agréer, Monsieur le Président, l’hommage de notre profond respect

 

 

Dominique LANFRANCHI Président de l’Association  A SENTINELLA

Jean Nicolas ANTONIOTTI,  Président du Collectif  ARIA LINDA                           

                             

PJ : Copie du manifeste pour le raccordement au gazoduc GALSI et premiers  signataires.

                           

 


 

 

 

 

 

PJ : Copie du manifeste pour le raccordement au gazoduc GALSI et premiers  signataires.