Collectif ARIA LINDA     
Association A SENTINELLA                                           
Cuttoli Corticchiato, le 21 août 2008  
 
                                                                                 M Stéphane BOUILLON
                                                                                 Préfet de la Région Corse
                                                        Palais LANTIVY
                                                                                         Cours Napoléon
                                                                                     20188 Ajaccio cedex1
 
 
Objet : Projet d’implantation d’une centrale au fioul.
 
 
Monsieur le Préfet,
 
 
Dès le 1er septembre 2008, vous assurerez la continuité de l’action de l’Etat en Corse. Afin de compléter votre information au sujet du dossier en objet, nous vous en indiquons quelques éléments d’appréciation.
 
Le 21 décembre 2007, votre prédécesseur annonçait l’implantation d’une centrale thermique au fuel lourd à Bastelicaccia, sur un site qu’il qualifiait de « meilleur compromis ».
 
Compte tenu de la mobilisation de la population et des élus contre ce projet et après avoir rencontré les associations le 16 février 2008, le Préfet Leyrit faisait remonter au Ministre de l’Industrie leur demande de surseoir à cette implantation, et confirmait la mise en place de deux commissions qu’il avait annoncées le 4 janvier 2008.
 
Votre prédécesseur nous a informés le 20 mars 2008, par un appel téléphonique de la décision du Ministre de surseoir à cette implantation dans l’attente des résultats des expertises. Nous avions en effet, compte tenu des constats des professionnels de santé, de l’impact sanitaire et environnemental des centrales au fioul lourd, rappelé à M. le Préfet la demande récurrente d’enquête épidémiologique. D’autre part, nous avons également exposé la nécessité de réaliser deux expertises complémentaires :
 
-          Un prélèvement des rejets au sortir des cheminées et son analyse par un laboratoire indépendant, suivant un cahier des charges auquel nous aurions participé.
 
-          Un carottage du sol dans un périmètre significatif autour de la centrale avec fixation préalable d'un cahier des charges associant des médecins, des associations de défense de l'environnement et son analyse par un laboratoire indépendant.
 
L’absence de réponse à chacune de ces demandes nous semble assez éloquente.
 
Depuis, sur la sollicitation du Président de l’Assemblée de Corse, et du Président du Conseil exécutif Camille de Rocca Serra et Ange Santini, le Premier Ministre a nommé M. Jean-Pierre Leteurtrois, ingénieur général des Mines, en qualité de chargé de mission du projet de gazoduc GALSI.
 
Son excellent rapport sur la crise énergétique Corse de 2005, cité parmi les requérants de la délibération 05/225, contient la notion de « moteur propre ». Cette notion a visiblement inspiré la rédaction des articles 3 et 4 dont la réunion crée la chimérique « centrale à moteurs propres alimentée au fuel lourd », et « convertible au gaz naturel, en état de branchement sur le gazoduc, quand il sera réalisé et dès que les conditions d’approvisionnement seront réunies ».
 
 
 
Mais l’Assemblée de Corse n’ayant aucune compétence pour les moyens de production thermique, son vote de 2005 n’a servi qu’à « garantir l’acceptabilité des choix énergétiques par la population ». Cette Assemblée n’a nullement tenu compte de l’avis 2005/12 qu’elle avait sollicité de son Conseil Social Economique et Culturel, également cité dans les requérants de la délibération 05/225, pourtant plus proche des intérêts de la population, que de ceux de l’opérateur exprimés dans le rapport de l’ingénieur des mines.
 
La population qui subit déjà depuis 30 ans les rejets des centrales au fuel n’a pas été consultée, et n’acceptera pas d’être à nouveau trompée par la validation de la rédaction contenue dans le projet de PADDUC. Aussi, depuis l’annonce de cette implantation, plusieurs communes ont adopté des délibérations s’y opposant. Ces élus, réunis le 6 mai 2008 à Sarrola Carcopino, se sont également déclarés favorables à l’organisation d’un référendum d’initiative locale, si cela s’avérait nécessaire pour matérialiser le refus de la population. Nous vous invitons également à prendre connaissance de la motion adoptée à l’unanimité le 16 juin 2008 par le Conseil Général de Corse du Sud
.
Nous avons formulé plusieurs propositions alternatives, notamment l’utilisation de TGCC dont les rendements sont plus élevés que ceux des moteurs classiques, et la mise en place de STEP sur les ouvrages hydro-électriques. Bien que la hausse actuelle des cours des combustibles fossiles ait renforcé l’intérêt de ces propositions, l’Assemblée de Corse n’a pas voulu en débattre. Ni lors de la session du 7 février 2008, ni lors de celle du 5 juin 2008 puisqu’en guise de débat, l’examen de notre seconde motion a été dévolu à la commission du développement économique « pour laisser le temps de travailler à M. Leteurtrois ». 
 
Pourtant l’hypothétique et lointaine perspective du raccordement au GALSI ne constitue pas l’essentiel de la réponse, pas plus que les annonces de commissions de type Clemenceau. Les résultats d’une étude comparative sur les différents moyens de production promise par le Président Santini pour fin avril 2008 auraient été bien plus révélateurs, ainsi que l’étaient déjà les études sur les MTD disponibles en 2005.
 
Nous avons noté avec intérêt que bien que n’ayant pas compétence pour les moyens thermiques, la CTC, sur proposition de son Président lors de sa session des 10 et 11 juillet 2008, a souhaité assurer la maîtrise d’ouvrage de travaux sur le site de la future centrale de Lucciana à partir d’un financement sur des crédits du PEI à hauteur de 50%.
 
Au nom du collectif d’élus, et de la population que nous représentons, nous souhaitons vous rencontrer pour faire le point dans ce dossier où l’Etat et ses administrations, ainsi que la CRE détiennent l’essentiel des pouvoirs, sur les moyens de production, ainsi que sur les *sites d’implantation.
 
   
Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de nos respectueuses considérations.
                                                                                             
 
                                 Pour les associations  
ARIA LINDA et A SENTINELLA                                                                
 
 
 
                                                                                                       Jean Nicolas ANTONIOTTI
                                                                                     
 
 
* C’est en effet par l’article 8 de la délibération 05/225 que la Collectivité Territoriale de Corse a demandé à l’Etat d’en installer et d’en piloter la commission de sélection.